Art of Juliette

Là où je pouvais entrer.

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 Là où je pouvais entrer.

« Certains passages existent avant que nous
sachions où ils conduisent. »

Par où suis-je entrée dans le monde avant de pouvoir le nommer ?

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J’ai appris à cinquante ans que j’étais
Asperger, HPI et synesthète.

Le dessin était là bien avant.

Je n’ai pas appris à dessiner.

J’ai toujours dessiné.

Je ne me souviens pas d’un
commencement.

Je ne me souviens pas d’une décision.

Je me souviens seulement que le dessin
existait déjà.

Avant les explications, les diagnostics, les
théories. Avant même que je sache ce que je
cherchais.

Dessiner n’était pas une activité séparée
du monde.

C’était une manière d’y entrer.

Le dessin a été mon premier territoire
relationnel.

Ailleurs, beaucoup de choses demandaient à
être déchiffrées : les règles implicites, les
sous-entendus, ce qu’il fallait comprendre
sans qu’on me l’ai dit. Je ne savais pas
toujours ce qui était attendu ni comment
répondre.

Sur le papier, je pouvais avancer.

Une teinte se diffusait et modifiait celle qui la
bordait. L’eau entraînait le pigment plus loin
que prévu. Le papier absorbait davantage à
un endroit. Une ligne accélérait, butait,
repartait. Une pression suffisait à changer
toute une zone.

Quelque chose arrivait.

Je répondais.

Je n’avais pas besoin de connaître les règles
à l’avance.

Le trait était déjà une réponse avant que je
comprenne la question.

Les mots sont arrivés tard.

Ils n’ont rien fait commencer.

Ils ont rendu visible un chemin que
j’empruntais depuis longtemps.

J’avais trouvé une entrée.

Elle passait par une variation presque
imperceptible, une trace suivie plutôt que
corrigée, une surface qui absorbait
différemment selon l’endroit, une ligne dont la
direction pouvait changer en quelques
millimètres.

Je pouvais agir et recevoir ce qui revenait.

Modifier et être modifiée.

Continuer sans connaître la suite.

Le dessin ne m’expliquait pas le monde.

Il me permettait d’y prendre part.

Je ne dessine pas les choses.

Je dessine à partir de ce qui m’atteint et de la
réponse que j’y apporte.

Une trace en déplace une autre.

Le papier transforme ce que j’y dépose.

Ce qui apparaît modifie la suite.

Et ce qui passe sur la page me modifie à
mon tour.

Le monde gardait son énigme.

Le dessin m’avait donné un passage.

Retrouvez Juliette Savaëte sur son site officiel : www.juliettesavaete.fr

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