Art of Juliette

Une place auprès de l’autre.

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Une place auprès de l'autre.

« Aucune présence ne commence tout à
fait seule. »

À quel endroit une couleur finit-elle d’être seule ?

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Nouvelle page, nouveau dessin,
nouveau voyage.

Je laisse les couleurs trouver leur chemin.

Le bleu foncé apparaît le premier. Puis vient
un bleu plus clair, presque vert. L’un entoure
l’autre. Très vite, je ne sais plus exactement
où chacun commence.

Les contours se déplacent, les couleurs
s’arrangent entre elles, autour, contours,
dedans, dehors.

Le bleu clair se diffuse dans le papier. Sa
matière est légère, une matière d’eau,
presque flottante. Il avance sans recouvrir.
Par endroits, il s’étend ; ailleurs, il semble
s’évaporer.

Le vert arrive à son tour, lumineux.

Une fraîcheur d’herbe encore humide.

Sa présence change les distances. Les bleus
s’écartent un peu. Le vert avance, puis se
retire. Une place se crée, puis une autre.

Chaque teinte laisse place à l’autre, chaque
présence laisse à l’autre la possibilité
d’apparaître.

Chaque présence rend l’autre
davantage visible.

Il y a du respect coloré.

Une couleur s’approche : un bord apparaît.
Elle s’éloigne : une ouverture. Deux teintes se
touchent et leur limite devient incertaine.

Aucune ne porte seule ce qui commence.

Le dessin avance par voisinages.

Auprès du vert, le bleu gagne en profondeur.
Une zone claire agrandit celle qui la borde.
Une couleur se retire et une autre gagne
soudain en intensité.

Rien ne cherche à dominer.

Prendre place ne signifie pas prendre toute
la place.

Le papier ne se partage pas. Il se transforme
au passage des couleurs.

Peu à peu, je ne vois plus seulement des
teintes. Des tensions apparaissent. Les bords
se précisent puis se défont. Une profondeur
se creuse. Certaines zones avancent, d’autres
s’éloignent.

La forme n’est pas encore là.

Pourtant, elle a déjà commencé.

Avant les formes, il y a des
rapprochements.

Je croyais qu’une forme commençait avec
sa limite.

Le dessin m’apprend à regarder plus tôt.

Avant le contour.

Avant le nom.

À l’endroit où une couleur en rencontre une
autre et n’est déjà plus tout à fait la même.

Dans la place que l’une ouvre.

Dans celle que l’autre laisse.

Pas encore une image.

Une présence.

Quelque chose qui commence.

Retrouvez Juliette Savaëte sur son site officiel : www.juliettesavaete.fr

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