Art of Juliette

Plusieurs langues pour un seul corps.

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Plusieurs langues pour un seul corps.

« Le corps, le trait et la phrase ne parlent pas de la même manière. »

Où finit le mouvement lorsque le dessin ou l’écriture commencent ?

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Le mouvement fait partie de mon travail. La
marche, la course, la mobilité, la musculation
et le souffle engagent le même corps que
celui qui dessine et qui écrit.

Je ressens aussi le monde par le corps. Une
lumière, une distance, une température, un
rythme peuvent produire une modification
physique avant que je sache exactement ce
qui m’a atteinte. Le souffle change, une
tension se déplace, un appui devient plus
précis. Le corps reçoit avant que les mots
puissent identifier ce qu’il a reçu.

Le mouvement agit sur cette manière
perceptive. Il en règle les intensités, sépare
ce qui se confond, rétablit une mesure
lorsque trop de choses arrivent ensemble.

Le corps est mon premier atelier.

Je le travaille quotidiennement par la mobilité,
la musculation, la marche, la course et le
souffle. Ces pratiques déplacent mes appuis,
mes rythmes, mes tensions. Elles modifient
ma capacité à recevoir.

Je ne travaille pas le corps pour
le maîtriser.

Je le travaille pour qu’il reste disponible à ce
qui l’atteint.

Le déplacement appartient à cette
expérience. Marcher ou courir transforme ma
relation à l’espace. Une pente redistribue le
poids. Une distance agit sur le souffle. La
vitesse modifie ce qui peut être saisi. Chaque
déplacement produit ainsi ses propres
mesures.

Le dessin et l’écriture appartiennent à cette
continuité sans en être la traduction.

Une course ne devient pas un dessin. Une
respiration ne fournit pas une phrase.
Pourtant, certaines forces circulent : tension,
rythme, équilibre, résistance, déplacement,
densité.

Je dessine pour prolonger l’écoute.

Dans le dessin, elles deviennent graphiques.
Elles passent par la pression du trait, son
épaisseur, sa vitesse, les intervalles, les
masses et le blanc.

L’écriture travaille autrement. La phrase
possède ses appuis, ses accélérations, ses
interruptions, ses densités.

Je ne regarde pas ce qui est. Je regarde ce
qui devient.

Le corps éprouve. Le mouvement déplace. Le
souffle règle. Le dessin trace. L’écriture
formule.

Chacun possède sa nécessité et son langage.

Une même manière d’éprouver circule entre
eux : recevoir une intensité, en trouver la
mesure, laisser une transformation avoir lieu.

La frontière que je cherchais entre le
mouvement, le dessin et l’écriture ne tient
plus. Ils ne commencent pas les uns après les
autres. Ils avancent ensemble sans se
confondre.

Un même geste se poursuit dans des
langages différents.

Retrouvez Juliette Savaëte sur son site officiel : www.juliettesavaete.fr

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