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Casimir : hommage au héros de toute une génération d’enfants des années 70

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Casimir : hommage au héros de toute une génération d'enfants des années 70

Je suis né en 1973. Autant dire que je n’ai pas choisi Casimir : Casimir était déjà là, quelque part dans le décor de mon enfance. Je suis de cette génération pour laquelle un grand dinosaure orange n’avait absolument rien d’étrange. Il faisait partie de la famille. Nous étions la génération Casimir.

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Quand « L’Île aux enfants » arrive à la télévision française en 1974, j’ai un an. Je vais donc grandir avec elle. Casimir entre dans ma vie au moment précis où se fabriquent les premiers souvenirs, ceux dont on ne sait plus très bien s’ils nous appartiennent vraiment ou s’ils sont constitués d’images, de sons et de sensations accumulés devant la télévision familiale.

Pour les enfants des années 1970, Casimir n’était pas un personnage « vintage », encore moins une icône de la pop culture. Il était simplement Casimir.

Un gros monstre orange, maladroit, gourmand, tendre, enthousiaste, parfois naïf, mais jamais idiot. Et surtout profondément gentil.

Il faut se souvenir de ce qu’était alors la télévision. Quelques chaînes seulement, pas d’Internet, pas de YouTube, pas de plateformes, pas de dessins animés disponibles à toute heure. Un rendez-vous télévisé était réellement un rendez-vous. Quand des millions d’enfants regardaient la même émission, ils partageaient ensuite les mêmes personnages, les mêmes chansons, les mêmes expressions et les mêmes souvenirs.

Casimir est ainsi devenu beaucoup plus qu’une marionnette géante.

Il a constitué une sorte de patrimoine affectif collectif.

Il y avait évidemment son fameux gloubi-boulga, cette improbable mixture à base de confiture de fraises, chocolat râpé, banane écrasée, moutarde et saucisse de Toulouse, qui résume assez bien l’esprit du personnage : quelque chose qu’un adulte raisonnable ne devrait jamais inventer, mais qu’un enfant trouve parfaitement logique.

Il y avait François, Julie, Léonard le renard, Hippolyte et tous les habitants de cette île dont les frontières étaient finalement celles de notre imagination.

Et derrière Casimir, il y avait surtout Yves Brunier, son interprète historique, disparu beaucoup trop jeune en 1991, et Christophe Izard, créateur de « L’Île aux enfants », qui avait compris quelque chose d’essentiel : on peut parler aux enfants sans les prendre pour des imbéciles.

C’est peut-être pour cela que Casimir a si bien vieilli.

Son univers était gentil sans être mièvre. Fantaisiste sans être hystérique. Pédagogique sans donner en permanence l’impression de faire la leçon.

Et puis, plusieurs décennies plus tard, il m’est arrivé quelque chose d’assez merveilleux.

J’ai rencontré Casimir.

C’était lors d’un show au Théâtre du Gymnase, à Paris, il y a quelques années. Évidemment, l’adulte sait parfaitement comment fonctionne le spectacle. Il sait qu’il existe un costume, un interprète, des techniciens, une scène et toute la mécanique nécessaire pour fabriquer l’illusion.

Mais l’enfant, lui, s’en fout complètement.

Et c’est là que la rencontre devient étrange.

Parce que devant Casimir, je n’avais soudainement plus tout à fait l’âge inscrit sur ma carte d’identité. Quelque chose court-circuitait les décennies. Le gamin des années 1970 retrouvait instantanément une image qu’il avait connue lorsque le monde lui paraissait immense.

C’est sans doute cela, finalement, un véritable héros d’enfance.

Ce n’est pas celui dont on collectionne les produits dérivés quarante ans plus tard. C’est celui qui possède encore la capacité, par sa seule apparition, de faire tomber quarante ou cinquante années en quelques secondes.

Je suis né en 1973.

J’ai connu les téléviseurs avec peu de chaînes, les programmes qu’il fallait attendre, les génériques que toute une génération connaissait, les personnages que l’on retrouvait le lendemain dans les conversations de cour de récréation.

Et parmi eux, il y avait ce gros monstre orange.

Casimir représente aujourd’hui une France qui n’existe plus vraiment, et il serait facile de tomber dans le traditionnel « c’était mieux avant ». Je ne le crois pas. Tout n’était évidemment pas mieux avant.

Mais certaines choses étaient différentes.

La rareté des images leur donnait peut-être davantage de poids. Nous ne pouvions pas revoir immédiatement une émission. Nous ne pouvions pas mettre Casimir sur pause, revenir dix secondes en arrière ou regarder cinquante épisodes dans la même journée. Il fallait attendre.

Et l’attente fabriquait du désir et du souvenir.

Voilà pourquoi, un demi-siècle après son apparition à la télévision, Casimir continue de provoquer quelque chose chez ceux qui l’ont connu enfants.

Nous avons grandi.

Nous avons travaillé, aimé, perdu des gens, eu des enfants pour certains, traversé des joies, des catastrophes, des changements de siècle et quelques révolutions technologiques.

Casimir, lui, est resté orange.

Imperturbablement orange.

Il est resté ce monstre qui ne faisait peur à personne, ce qui constitue déjà une assez jolie performance pour un monstre.

Lorsque je l’ai rencontré au Théâtre du Gymnase, je n’ai donc pas seulement rencontré un personnage de télévision.

J’ai retrouvé un morceau de mon enfance.

Un morceau intact.

Et à notre époque où tout vieillit à une vitesse folle, où les vedettes apparaissent et disparaissent parfois en quelques mois, je trouve assez magnifique qu’un personnage né il y a plus d’un demi-siècle puisse encore déclencher chez un homme né en 1973 exactement le même sourire que chez le petit garçon qu’il était.

Je suis de la génération Casimir.

Et j’en suis assez fier.

Parce qu’au fond, nous avons grandi avec une idée d’une simplicité presque désarmante : le héros pouvait être gros, orange, maladroit, manger des choses absolument immangeables et n’avoir aucun super-pouvoir.

Il lui suffisait d’être gentil.

Et cinquante ans plus tard, ce n’est peut-être pas la plus mauvaise des leçons que la télévision de notre enfance nous ait laissée.

Merci Casimir.

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