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L’ART SÉNÉGALAIS S’INVITE AUX MUREAUX : CINQ ARTISTES, CINQ REGARDS, UNE MÊME PUISSANCE

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L'ART SÉNÉGALAIS S'INVITE AUX MUREAUX : CINQ ARTISTES, CINQ REGARDS, UNE MÊME PUISSANCE

Du 14 au 26 octobre 2026, Les Mureaux vont prendre des couleurs sénégalaises. La Ville, le Pôle Molière, l’association Culture Arts Santé et Environnement (CASE) présidée par Pierre Rousseau, et Afrique Solidarité réunissent cinq artistes autour d’une exposition consacrée à la création contemporaine du Sénégal. Et pas n’importe lesquels : Joe Ouakam, Kré Mbaye, Ibou Diouf, El Hadji Sy et Moussa Diop Samba Laye.

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Sur le papier, il s’agit d’une exposition. Dans les faits, c’est plutôt une traversée de plusieurs décennies de création sénégalaise, avec des artistes qui ont participé, chacun à leur manière, à l’écriture d’une histoire de l’art africain affranchie des regards folkloriques que l’Europe lui a trop longtemps imposés.

Le rendez-vous est fixé à la Salle des Ateliers du Moulin, aux Mureaux. Le vernissage aura lieu mercredi 14 octobre à 17 heures, avant une ouverture de l’exposition jusqu’au 26 octobre.

Joe Ouakam occupe évidemment une place particulière dans cette histoire.

Derrière ce nom se trouve Issa Samb, né à Dakar en 1945 et disparu en 2017. Artiste, performeur, peintre, sculpteur, acteur, penseur et agitateur culturel, il fut l’une des personnalités les plus singulières de la scène artistique sénégalaise. Avec le Laboratoire Agit’Art, né dans le Dakar des années 1970, il participe à une remise en question profonde des cadres traditionnels de l’exposition et de la création.

Chez Joe Ouakam, l’œuvre n’est jamais seulement un objet destiné à être accroché au mur. Elle peut être geste, parole, présence, assemblage, performance ou situation. Une conception incroyablement contemporaine de l’art, qui explique pourquoi son travail continue d’être regardé bien au-delà du Sénégal.

L’exposition des Mureaux lui rend hommage aux côtés d’autres signatures majeures.

Kré Mbaye, né en 1949 et disparu en 2014, appartient lui aussi à cette génération essentielle de la création sénégalaise. Son univers s’est construit dans un dialogue permanent entre héritage culturel, signes, figures et liberté plastique. Ses œuvres possèdent cette qualité rare : elles semblent immédiatement accessibles tout en conservant une part de mystère.

Ibou Diouf, né en 1941 et disparu en 2017, représente une autre grande figure de cette histoire. Peintre et artiste profondément associé à l’essor des arts plastiques sénégalais après l’indépendance, il appartient à cette période où Dakar devient l’un des foyers artistiques majeurs du continent africain.

Son travail est notamment lié à l’effervescence culturelle qui accompagne la politique artistique de Léopold Sédar Senghor. Une époque où le Sénégal entend faire de la culture non pas un supplément décoratif à la construction du pays, mais l’un de ses fondements.

Et puis il y a El Hadji Sy.

Né à Dakar en 1954, il est aujourd’hui l’une des grandes personnalités de l’art contemporain sénégalais. Peintre, performeur, commissaire et infatigable expérimentateur, il a contribué à faire exploser les frontières entre peinture, installation et performance.

Chez lui, même le rapport physique à la peinture peut être bouleversé : El Hadji Sy a notamment développé une pratique consistant à peindre avec les pieds. Ce qui pourrait n’être qu’une anecdote devient chez lui une manière de remettre en cause l’autorité traditionnelle du peintre face à la toile.

Son parcours a depuis longtemps franchi les frontières du Sénégal et son œuvre a été présentée dans de grandes institutions internationales.

Moussa Diop Samba Laye complète cette réunion d’artistes, offrant à l’exposition une dimension supplémentaire et rappelant surtout une évidence : il n’existe pas « un » art sénégalais mais une multitude de pratiques, de générations et de langages.

C’est précisément ce qui rend cette exposition intéressante.

Car le danger, lorsqu’on présente en France une exposition consacrée à l’Afrique, serait de chercher une esthétique africaine uniforme, immédiatement identifiable et rassurante. Or les artistes réunis aux Mureaux racontent exactement l’inverse.

Le Sénégal artistique est fait de ruptures, de débats, d’expérimentations, de traditions réinterprétées et parfois combattues. Dakar a été et demeure un laboratoire artistique exceptionnel.

Impossible à ce titre d’oublier le rôle joué par Léopold Sédar Senghor et par le premier Festival mondial des Arts nègres organisé à Dakar en 1966. L’événement avait réuni artistes, écrivains, musiciens et intellectuels venus du monde entier et installé durablement la capitale sénégalaise sur la carte culturelle internationale.

Mais les générations suivantes n’ont pas simplement prolongé cette politique culturelle. Elles l’ont également discutée, contestée et déplacée. Le Laboratoire Agit’Art, auquel Joe Ouakam et El Hadji Sy furent associés, constitue justement l’un des exemples les plus passionnants de cette volonté de sortir l’art des institutions et des catégories établies.

Soixante ans plus tard, quelque chose de cette effervescence arrive donc aux Mureaux.

Et le choix de la ville n’est pas anodin.

Les Mureaux abritent une importante population ayant des liens familiaux et culturels avec le Sénégal et, plus largement, avec l’Afrique de l’Ouest. Faire venir ces œuvres ici revient donc aussi à déplacer symboliquement le centre de gravité culturel. Pour rencontrer des artistes importants, nul besoin que tout passe systématiquement par les grandes institutions parisiennes.

C’est même probablement l’un des aspects les plus réjouissants du projet.

Une œuvre majeure reste une œuvre majeure qu’elle soit exposée dans un musée international, une galerie parisienne ou une salle municipale des Yvelines.

Et peut-être touche-t-on là à quelque chose d’essentiel : mettre les œuvres là où vivent les gens.

L’affiche de l’exposition donne d’ailleurs immédiatement le ton avec une œuvre spectaculaire de Kré Mbaye : visage monumental, presque totémique, construit à partir de matières, de motifs et de couleurs qui semblent tenir ensemble plusieurs histoires. Impossible de passer devant sans regarder.

L’exposition annonce plus de trente créations issues notamment de la collection de Pierre Rousseau. Elle permettra de confronter des artistes appartenant à des trajectoires différentes plutôt que d’enfermer la création sénégalaise dans une seule définition.

Elle constitue également une belle introduction à une actualité culturelle plus vaste : Dakar doit accueillir du 19 novembre au 19 décembre 2026 la 15e édition de la Biennale de l’Art africain contemporain, Dak’Art, l’un des grands rendez-vous internationaux consacrés à la création africaine contemporaine.

Des Mureaux à Dakar, il y aura donc cet automne un même fil : celui d’une création sénégalaise qui n’a jamais cessé de circuler, de se transformer et de dialoguer avec le monde.

Et c’est finalement la meilleure raison d’aller voir cette exposition.

Non pas pour découvrir un hypothétique « art africain » figé dans une catégorie commode.

Mais pour rencontrer des artistes.

Des individus.

Des œuvres.

Et cinq manières radicalement différentes de regarder le monde.

L’ART SÉNÉALAIS AUX MUREAUX

Du 14 au 26 octobre 2026
Salle des Ateliers du Moulin — Les Mureaux
Vernissage : mercredi 14 octobre à 17 heures
Artistes annoncés : Joe Ouakam, Kré Mbaye, Ibou Diouf, El Hadji Sy et Moussa Diop Samba Laye.

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