Art of Juliette

Au-delà des contours.

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« Ce que je perçois ne s’arrête jamais là où une chose finit. »

Une couleur peut évoquer une odeur, une lumière réveiller un souvenir, une texture faire naître une émotion.
Je cherche par le dessin comment ces sensations, pourtant différentes, peuvent se rejoindre.

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Mes couleurs se cherchent longtemps
avant de se rencontrer.

Elles avancent dans l’espace comme deux
alpinistes suspendus à des versants opposés
d’une même montagne.

Elles s’appellent, elles tâtonnent, elles
lancent des signes dans le vide.

Elles sont encore éloignées, pourtant l’espace
entre elles n’est déjà plus vide. D’un versant à
l’autre, une relation se forme avant la
rencontre.

Je dessine les correspondances, les
résonances, les affinités secrètes, les
chemins souterrains qui relient les choses
bien avant que nous les remarquions.

Le dessin commence dans cet entre-deux.

Depuis l’enfance, les choses ne
m’apparaissent jamais seules. Une présence
en appelle une autre. Ce que je vois rejoint ce
que j’entends ; ce que je touche peut réveiller
ce que j’ai connu bien avant.

Une couleur dialogue avec une odeur, une
lumière réveille un souvenir, une texture
possède une température affective, un
silence laisse une empreinte aussi profonde
qu’une parole.

Les frontières que l’on place entre les
sensations ne correspondent pas à ce que je
perçois. Elles se traversent, se prolongent, se
répondent. Une sensation peut commencer
dans l’oeil et continuer ailleurs.

Je n’ai jamais vu un monde d’objets, je n’ai vu
qu’un monde de passages.

Les choses ne disparaissent pas. Elles ne
s’arrêtent simplement pas à leurs contours.
Une couleur déborde de ce qu’elle montre.
Une matière peut atteindre une émotion. Ce
que je perçois poursuit son chemin en moi et
rencontre autre chose.

Le monde m’arrive ainsi : moins par éléments
séparés que par circulations. Entre ce qui est
présent et ce qui revient de très loin, des
chemins s’ouvrent sans que j’aie à les
chercher.

Lorsque je dessine, je peux les suivre.

Mes dessins ont une odeur, une saveur,
une densité, une température.

Une couleur ne s’arrête pas à la couleur. Une
ligne ne s’arrête pas à la ligne.

Certaines couleurs portent la chaleur d’une
présence aimée, d’autres contiennent la
poussière lumineuse d’un souvenir d’enfance.

Certaines lignes ont la douceur d’une
caresse, d’autres la rugosité d’une blessure
ancienne.

Le dessin recueille ces passages. Il rapproche
sans les confondre des choses que le langage
sépare.

Une couleur reste une couleur, une odeur
reste une odeur, un souvenir reste un
souvenir. Pourtant, leurs frontières ne sont
jamais tout à fait closes.

C’est entre elles que je dessine.

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