Le CNC ne fonctionne pas principalement grâce à une enveloppe prélevée sur l’impôt sur le revenu. Son fonds de soutien est alimenté par plusieurs taxes affectées aux industries de l’image. Lorsque vous achetez une place de cinéma, 10,72 % du prix du billet sont prélevés au titre de la taxe sur les spectacles cinématographiques. Peu importe que vous alliez voir une comédie française, un film espagnol ou le dernier blockbuster américain : une partie de votre billet rejoint le système de soutien administré par le CNC. Autrement dit, le succès d’un film hollywoodien participe lui aussi au financement de la création, de la distribution et des salles françaises. Ce taux de 10,72 % est bien inscrit dans le dispositif fiscal français. Légifrance
Le mécanisme ne repose pas uniquement sur les entrées en salles. Les chaînes de télévision, les distributeurs de services audiovisuels, la vidéo à la demande et les grandes plateformes de streaming contribuent également. Netflix, Amazon, Disney+ et les autres acteurs qui tirent des revenus du public français doivent participer à l’écosystème français. Le principe est simple : ceux qui gagnent de l’argent en diffusant des images contribuent au renouvellement des images de demain.
Ce système possède une intelligence incontestable. Il organise une forme de solidarité économique à l’intérieur du secteur. Les œuvres les plus commerciales, françaises ou étrangères, permettent de soutenir des films plus fragiles, des premiers longs métrages, des documentaires, des salles indépendantes, la restauration du patrimoine, l’éducation à l’image ou des créations qui ne pourraient pas exister en obéissant uniquement à la rentabilité immédiate. En 2025, le CNC a distribué 772,4 millions d’euros de soutiens, dont 315,5 millions en faveur du cinéma. Bilan 2025 du CNC
Mais prétendre que le cinéma français ne coûte absolument rien aux contribuables serait également jouer avec les mots. Une taxe affectée reste une taxe. Elle n’est pas prélevée directement sur la feuille d’impôt de tous les Français, mais elle est payée à travers un billet, un abonnement ou un service audiovisuel. Le cinéma bénéficie aussi de crédits d’impôt, d’aides accordées par les collectivités territoriales et de différents dispositifs publics. L’Inspection générale des finances a ainsi recensé près de 1,2 milliard d’euros de soutiens publics bénéficiant à l’ensemble de la filière cinématographique. Inspection générale des finances
La formulation honnête serait donc la suivante : le CNC est principalement financé par des taxes prélevées sur l’activité du cinéma et de l’audiovisuel, et non par une dotation ordinaire prise indistinctement dans le budget général de l’État. Cela ne signifie pas que le cinéma français vit en dehors de toute aide publique. Cela signifie que son principal système de soutien est largement alimenté par le secteur lui-même et par ceux qui consomment effectivement des images.
La rumeur selon laquelle chaque Français financerait directement, contre son gré, tous les films français est donc trompeuse. Mais répondre qu’aucun impôt ne finance jamais le cinéma l’est aussi. Entre la caricature du cinéma subventionné à fonds perdu et la légende d’une industrie totalement autonome existe un modèle singulier : le cinéma finance le cinéma, les succès contribuent aux œuvres plus risquées et les géants étrangers participent à la création française. Pour une fois, la vérité n’est pas seulement plus nuancée que le slogan. Elle est aussi beaucoup plus intelligente.
