Né à Marseille en 1953, formé au Conservatoire national de Paris, Michel Albertini n’était pourtant pas seulement un acteur. Il fut également écrivain, metteur en scène et scénographe. Il avait traversé plusieurs mondes sans jamais accepter de se laisser enfermer dans un seul métier. Roland Petit et Zizi Jeanmaire l’avaient entraîné dans l’univers du ballet, Louis Aragon et Antoine Vitez avaient compté dans son parcours, tandis que ses rencontres avec William Burroughs et Brion Gysin avaient nourri son goût pour les aventures artistiques moins sages que les autres.
Au théâtre, il avait travaillé sous la direction de personnalités aussi différentes que Laurent Terzieff, Jacques Mauclair ou Rainer Werner Fassbinder. À Berlin, Fassbinder le dirigea dans L’Homme de cuir. À Venise, Michel Albertini interpréta Le Martyre de saint Sébastien de Gabriele D’Annunzio et Claude Debussy à la Fenice. Il avait cette capacité rare à passer d’un théâtre exigeant au cinéma populaire, d’un décor d’exposition à un plateau de télévision, comme si la création devait rester un territoire sans frontières.
Au cinéma, il débute en 1974 dans Verdict d’André Cayatte, où il incarne le fils de Sophia Loren, puis dans La Main à couper d’Étienne Périer, face à Michel Bouquet. Henri Verneuil lui confie ensuite le rôle du tireur Luigi Lacosta dans I… comme Icare. Dans les années 1980, son visage trouve naturellement sa place dans les univers fiévreux d’Andrzej Żuławski, avec La Femme publique et L’Amour braque. Il apparaît aussi dans Sac de nœuds de Josiane Balasko, L’Union sacrée d’Alexandre Arcady, L’Homme voilé de Maroun Bagdadi ou encore Le Trésor des îles Chiennes de F. J. Ossang.
Claude Sautet le dirige dans Nelly et Monsieur Arnaud. Plus tard, il tourne notamment avec Melanie Griffith dans Tempo et apparaît en commissaire dans Guy d’Alex Lutz. La télévision lui offre également de nombreux rôles dans des séries et téléfilms comme Mafiosa, Père et Maire, Femmes de loi, Commissaire Valence ou Les Anonymes. Quarante années de carrière et des dizaines de personnages, parfois brefs, mais presque toujours habités par cette présence sèche, précise et immédiatement crédible qui distinguait les véritables acteurs des simples occupants de l’écran.
Michel Albertini consacra également une part importante de sa vie à l’écriture et à la scénographie. Il signa plusieurs pièces et romans, imagina des expositions et conçut notamment la scénographie des Trésors de la Fondation Napoléon au musée Jacquemart-André. Là encore, il ne se contentait pas de montrer des objets : il créait une atmosphère, une circulation, une lumière. Il savait que raconter une histoire ne passe pas seulement par les mots ou par un visage, mais aussi par l’espace, l’ombre et le silence.
Sa disparition rappelle une vérité un peu cruelle du cinéma français : certains acteurs deviennent célèbres, d’autres deviennent indispensables. Michel Albertini appartenait à la seconde catégorie. On ne criait pas forcément son nom à la sortie d’une salle, mais il suffisait qu’il entre dans le cadre pour que le film gagne soudain une histoire, une tension et une profondeur. Il était l’un de ces visages que l’on croyait éternels parce qu’ils semblaient avoir toujours été là. Il ne l’est plus. Il nous reste désormais à remettre son nom sur ce visage.
