Incasable

Australie : un livre rendu à la bibliothèque avec près de 150 ans de retard. L’ouvrage avait été découvert dans une vieille caisse à thé, murée à l’intérieur d’une cheminée

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
Australie : un livre rendu à la bibliothèque avec près de 150 ans de retard. L'ouvrage avait été découvert dans une vieille caisse à thé, murée à l'intérieur d'une cheminée

Il existe des lecteurs distraits qui rendent leurs livres avec quelques jours de retard. D’autres les oublient pendant plusieurs semaines, au fond d’un sac ou sur une table de chevet. À Kiama, petite ville côtière australienne située au sud de Sydney, un ouvrage vient de battre un record autrement plus spectaculaire : il a retrouvé le chemin de sa bibliothèque près de cent cinquante ans après en avoir disparu.

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Le livre, intitulé The Antiquities of Athens, avait été publié en 1858. Il a été retrouvé lors de travaux de rénovation dans une maison de Manning Street, enfermé dans une ancienne caisse à thé elle-même dissimulée derrière les briques d’une cheminée condamnée. Une cachette suffisamment efficace pour lui permettre de traverser plusieurs générations sans être découvert.

Une étrange découverte derrière les briques

Ross Simmons, l’homme qui a rapporté l’ouvrage à la bibliothèque municipale de Kiama, pense que celui-ci pourrait avoir été emprunté par son arrière-arrière-grand-père, John Simmons, ancien propriétaire de la maison. Il ne s’agit toutefois que d’une hypothèse : les registres des emprunteurs de cette époque ont disparu et aucune inscription ne permet d’identifier avec certitude la personne ayant emporté le volume.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que le livre appartenait à la toute première collection de la bibliothèque. L’établissement avait ouvert ses portes en 1872 dans l’ancienne School of Arts de Kiama et possédait alors moins de mille ouvrages. *The Antiquities of Athens* portait le numéro 506. Les responsables supposent donc qu’il a pu être emprunté dans les premières années d’existence de la bibliothèque, avant de disparaître mystérieusement.

Pourquoi le livre a-t-il été caché dans une caisse, puis muré dans une cheminée ? Était-ce une manière de le protéger, de le dissimuler volontairement ou simplement le résultat d’un oubli au moment de travaux anciens ? Personne ne le sait. Après un siècle et demi, les briques ont conservé le livre, mais pas son secret.

Une amende théorique de 28 000 dollars australiens

À l’intérieur de l’ouvrage figurent encore les anciennes règles de prêt. Au XIXe siècle, les lecteurs disposaient d’un mois pour rendre un livre. Chaque semaine de retard entraînait ensuite une pénalité de trois pence.

En appliquant cette règle pendant près de cent cinquante ans et en tenant compte de l’inflation, la bibliothèque a estimé avec humour que l’amende aurait pu atteindre environ 28 000 dollars australiens. Ross Simmons peut néanmoins dormir tranquille : l’établissement ne réclame plus de pénalités pour les retards et ne possède de toute façon aucun document établissant l’identité du dernier emprunteur.

Les règlements de l’époque donnent également un aperçu savoureux de la vie des bibliothèques australiennes au XIXe siècle. Un lecteur devait rendre ses ouvrages et régler toutes ses dettes avant de pouvoir emprunter de nouveau. Une famille pouvait obtenir jusqu’à trois livres à condition qu’au moins six membres du foyer soient « connus pour savoir lire ». Les personnes arrivant à la bibliothèque en état d’ivresse n’étaient, quant à elles, pas autorisées à emprunter.

Le livre sur les antiquités est devenu une antiquité

Malgré les décennies passées dans une cheminée, le volume est resté dans un état étonnamment correct. Il porte quelques traces d’humidité, mais ses pages et ses nombreuses illustrations en noir et blanc ont survécu. L’ouvrage contient notamment environ soixante-dix planches représentant des monuments et des détails de l’architecture grecque, dont certaines se déplient.

Cette fois, la bibliothèque ne prendra aucun risque. Le livre ne sera plus proposé au prêt. Il rejoindra la collection consacrée à l’histoire locale de Kiama, où il sera conservé comme un objet patrimonial.

L’histoire possède une ironie parfaite : un livre consacré aux antiquités est lui-même devenu une antiquité. Lorsqu’il a été publié en 1858, Napoléon III régnait encore sur la France, l’Australie n’était pas encore une fédération et l’électricité domestique relevait presque de la science-fiction. Depuis, des générations entières sont nées et ont disparu, mais le volume attendait toujours, silencieusement enfermé derrière quelques briques.

Le plus long retard de l’été

Les bibliothèques voient régulièrement revenir des ouvrages oubliés depuis vingt, trente ou cinquante ans, souvent découverts après un déménagement ou lors du tri des affaires d’un parent décédé. Un retard approchant les cent cinquante années demeure cependant exceptionnel.

La responsable de la bibliothèque, Michelle Hudson, a accueilli ce retour avec amusement, affirmant que l’établissement n’avait jamais récupéré un livre aussi ancien. Elle a également plaisanté sur l’amende théorique, qui aurait pu contribuer à résoudre quelques difficultés financières de la bibliothèque.

Mais l’essentiel est ailleurs. Au-delà du record et de l’anecdote, le livre constitue désormais une petite capsule temporelle. Il raconte l’histoire d’une bibliothèque naissante, d’une famille installée à Kiama au XIXe siècle et d’un objet ordinaire devenu, par la simple puissance du temps, un morceau d’histoire.

Quant au prochain lecteur qui voudrait l’emprunter, il devra se contenter de l’admirer. Après cent cinquante ans d’absence, la bibliothèque de Kiama n’a visiblement plus l’intention de le laisser sortir.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les plus lus en ce moment