Je ne marche pas au rythme des autres.
Je marche au rythme de ce qui apparaît.
Avant un visage, je remarque un geste.
Avant une parole, une inflexion de voix.
Avant une histoire, une manière d’être au monde.
Les détails arrivent toujours les premiers.
Ils ne complètent pas le réel.
Ils le révèlent.
Je regarde longtemps.
Comme on regarde un paysage.
Parce qu’aucun être ne se révèle à la vitesse d’un
regard pressé.
La ville, elle, ne ralentit jamais.
Elle pousse.
Elle presse.
Elle déborde.
Son bruit ne m’entoure pas.
Il me traverse.
Il soulève mes cheveux.
Il atteint mon corps avant de devenir un son.
Alors je choisis Mozart.
Le Requiem ne fait pas taire la ville.
Il me rend une mesure.
Une respiration.
Un lieu intérieur.
Pendant que les rues défilent, je les apprends.
Je retiens leurs rythmes.
Leurs habitudes.
Leurs refuges.
Les endroits où l’air redevient respirable.
Je dessine une géographie silencieuse.
Non pour retrouver mon chemin.
Pour ne pas me perdre.
Longtemps, j’ai cru que j’étais en décalage.
Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas le
monde qui passe trop vite devant lui-même.
Le dessin commence exactement là.
Il ne ralentit pas le réel.
Il lui rend le temps d’apparaître.
Habiter le monde, c’est peut-être marcher à la
vitesse du visible.
