Lorsqu’un incendie ravage une forêt, l’attention se porte légitimement sur les populations évacuées, les habitations menacées et le travail considérable des pompiers. Mais derrière les images de flammes et de canadairs se déroule une autre catastrophe, beaucoup moins visible : celle des animaux sauvages, domestiques et d’élevage pris au piège.
Dans un communiqué publié à Paris le 27 juillet 2026, le Parti animaliste exprime son soutien aux habitants sinistrés, aux services de secours, aux bénévoles et à toutes les personnes mobilisées face aux incendies. Il alerte cependant sur ce qu’il considère comme un angle mort majeur de la gestion des catastrophes naturelles : l’absence d’une politique réellement organisée pour protéger les animaux.
Une mortalité animale largement invisible
Il est presque impossible de mesurer précisément le nombre d’animaux tués lors d’un incendie. Les corps des plus petits disparaissent souvent entièrement, tandis que d’autres animaux meurent loin des zones accessibles. Oiseaux, reptiles, insectes, petits mammifères, animaux d’élevage ou de compagnie peuvent périr brûlés ou asphyxiés.
Ceux qui parviennent à échapper aux flammes ne sont pas nécessairement sauvés. Beaucoup souffrent de brûlures, de déshydratation ou de lésions respiratoires provoquées par les fumées. D’autres se retrouvent désorientés, privés de nourriture, de points d’eau et d’abris. La destruction de leur habitat peut ainsi prolonger la catastrophe bien après l’extinction du feu.
Les animaux domestiques posent également une difficulté particulière lors des évacuations. Dans l’urgence, certaines personnes refusent de partir sans leur chien, leur chat ou leurs chevaux. D’autres n’ont aucun moyen de transporter leurs animaux. Les refuges temporaires ne sont pas toujours conçus pour les accueillir, ce qui peut retarder les départs et compliquer le travail des secours.
Le grand absent des plans de protection civile
La France dispose, avec le dispositif ORSEC, d’une organisation destinée à coordonner les secours lors des événements graves. Ces plans permettent notamment d’anticiper l’évacuation des populations, la prise en charge des personnes vulnérables, la mobilisation des services publics et l’organisation de l’hébergement d’urgence.
Pour le Parti animaliste, cette organisation reste cependant insuffisante concernant les animaux. Leur protection dépend encore trop souvent de l’initiative des propriétaires, des communes, des vétérinaires, des refuges ou des associations locales. En l’absence de doctrine nationale clairement définie, les réponses peuvent varier considérablement d’un territoire à l’autre.
Le mouvement demande donc que les animaux soient systématiquement intégrés aux plans ORSEC et à l’ensemble des dispositifs de prévention et de gestion des catastrophes. Il souhaite également la mise en place de plans locaux d’évacuation adaptés aux animaux domestiques, aux élevages et, lorsque cela est possible, à la faune sauvage.
Une telle organisation supposerait d’identifier à l’avance des lieux d’accueil, des moyens de transport, des cages, des véhicules spécialisés, des réserves alimentaires et des professionnels capables d’intervenir. Pour les élevages et les centres équestres, l’évacuation de dizaines ou de centaines d’animaux ne peut en effet pas être improvisée lorsque les flammes approchent.
Former les secours et soutenir les associations
Le Parti animaliste réclame aussi une meilleure formation des services de secours à la prise en charge des animaux. Approcher un cheval paniqué, manipuler un animal brûlé ou capturer un chien terrorisé exige des compétences particulières. Un animal blessé peut devenir imprévisible et représenter un danger aussi bien pour lui-même que pour ceux qui tentent de l’aider.
Cette formation ne signifierait pas que les pompiers devraient se substituer aux vétérinaires ou aux associations spécialisées. Elle permettrait surtout de mieux coordonner les interventions, d’éviter les gestes dangereux et de prévoir la présence de professionnels compétents dans les cellules de crise.
Les centres de soins de la faune sauvage constituent un autre maillon essentiel. Après les incendies, ils peuvent recevoir un afflux soudain d’oiseaux, de hérissons, de renards ou d’autres animaux blessés. Ces structures, souvent dépendantes des dons et du bénévolat, disposent pourtant de moyens limités. Le Parti animaliste demande donc un soutien public renforcé aux centres de soins et aux associations mobilisées dans les zones sinistrées.
Suspendre la chasse dans les territoires brûlés
Le communiqué va plus loin en demandant la suspension des activités susceptibles d’augmenter la mortalité animale après les incendies. Le Parti animaliste vise notamment la chasse dans les secteurs touchés, jusqu’à ce que les habitats et les populations animales aient commencé à se reconstituer.
Cette proposition repose sur un constat simple : après un incendie, les animaux survivants sont déjà fragilisés. Ils peuvent être contraints de quitter leur territoire, de se concentrer dans les rares zones encore préservées ou de s’approcher des habitations à la recherche de nourriture et d’eau.
Maintenir une pression supplémentaire sur ces populations pourrait aggraver les conséquences écologiques du feu. La suspension temporaire de la chasse serait ainsi présentée non comme une mesure symbolique, mais comme un dispositif de protection exceptionnel dans un environnement lui-même devenu exceptionnel.
« Les incendies ne détruisent pas seulement des hectares de forêt. Ils bouleversent durablement la vie de millions d’animaux. Les protéger ne peut plus être considéré comme une préoccupation secondaire : c’est une responsabilité publique », déclare Béatrice Canel Depitre, coprésidente du Parti animaliste.
Anticiper plutôt que réagir dans l’urgence
La question dépasse finalement la seule défense animale. Intégrer les animaux dans les plans d’urgence permettrait aussi de mieux protéger les personnes. Un propriétaire qui sait que son animal pourra être évacué et accueilli sera probablement plus enclin à respecter rapidement un ordre d’évacuation. À l’inverse, l’absence de solution peut pousser certains habitants à rester sur place ou à retourner dans une zone dangereuse.
Les incendies, les canicules, les inondations et les autres événements climatiques extrêmes imposent donc de repenser les politiques de sécurité civile. Cela implique de ne plus considérer la protection des animaux comme un supplément facultatif, ajouté après la sauvegarde des êtres humains, mais comme une dimension à part entière de la préparation des territoires.
Les catastrophes naturelles révèlent la dépendance réciproque entre les populations humaines, les animaux et les milieux naturels. Lorsqu’une forêt brûle, ce ne sont pas seulement des hectares qui disparaissent. Ce sont des habitats, des ressources alimentaires, des équilibres écologiques et des milliers de vies qui sont détruits ou durablement bouleversés.
Prévoir des moyens d’évacuation, former les intervenants, soutenir les structures spécialisées et protéger les animaux survivants ne permettra pas d’éviter toutes les pertes. Mais cela empêcherait que chaque nouveau sinistre reproduise les mêmes improvisations et les mêmes drames silencieux.
À mesure que les incendies deviennent plus fréquents et plus violents, la protection civile ne peut plus être pensée uniquement à hauteur d’humains. Les animaux doivent désormais entrer, eux aussi, dans les plans d’urgence.
