Lorsqu’un incendie éclate, notre regard se porte naturellement vers les flammes. Elles sont spectaculaires, visibles, menaçantes. Pourtant, une partie importante du danger se trouve ailleurs : dans ce que l’on respire.
La fumée n’est pas une simple vapeur désagréable ni une odeur passagère. C’est un mélange extrêmement complexe de gaz, de particules solides et de substances chimiques. Les fumées des feux de végétation peuvent notamment contenir des particules fines, du monoxyde de carbone, des oxydes d’azote, des composés organiques volatils et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Leur composition varie selon les matériaux brûlés, la température du feu, la qualité de la combustion et les conditions météorologiques.
Les particules fines, ennemies presque invisibles
La menace principale pour la population vient souvent des particules fines, notamment les PM2,5. Leur diamètre est si réduit qu’elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons et passer en partie dans la circulation sanguine.
Elles ne provoquent pas seulement une toux ou une irritation de la gorge. Elles peuvent déclencher une crise d’asthme, aggraver une bronchopneumopathie chronique obstructive, perturber le système cardiovasculaire et augmenter le risque de complications chez les personnes fragiles. L’Organisation mondiale de la santé associe l’exposition aux PM2,5 issues des incendies à des atteintes pulmonaires, cardiaques et neurologiques, ainsi qu’à une augmentation de la mortalité prématurée.
Le caractère trompeur de ces fumées tient à leur mobilité. Elles peuvent être transportées par les vents sur plusieurs centaines de kilomètres. On peut donc être exposé sans voir les flammes et parfois sans se trouver à proximité immédiate de la zone incendiée.
Le monoxyde de carbone, le poison sans avertissement
À proximité d’un feu ou dans un bâtiment enfumé, le monoxyde de carbone représente un danger aigu. Ce gaz se fixe sur l’hémoglobine et empêche le sang de transporter normalement l’oxygène.
Les premiers symptômes peuvent paraître banals : mal de tête, fatigue soudaine, nausée, vertige, sensation de faiblesse ou confusion. Une exposition importante peut conduire à une perte de connaissance, à des lésions neurologiques ou à la mort.
Ce danger ne concerne pas seulement les personnes prises au piège des flammes. Il peut également toucher celles qui retournent trop tôt dans un bâtiment mal ventilé ou utilisent, après la catastrophe, un groupe électrogène, un appareil de chauffage ou un moteur thermique dans un espace fermé.
Quand les maisons brûlent, la fumée change de nature
Un feu de forêt est déjà toxique. Mais lorsque l’incendie atteint des logements, des entrepôts, des garages ou des zones industrielles, les fumées peuvent devenir beaucoup plus complexes.
Plastiques, peintures, isolants, câbles électriques, mousses synthétiques, solvants, batteries, meubles traités et produits ménagers se décomposent sous l’effet de la chaleur. Ils peuvent alors libérer du cyanure d’hydrogène, des vapeurs irritantes ou corrosives, des hydrocarbures, des métaux et d’autres substances dangereuses.
L’INRS a notamment documenté l’exposition possible des pompiers au cyanure d’hydrogène lors des feux de logements et de locaux professionnels, en particulier pendant les phases de noyage et de déblaiement, alors que les flammes ont déjà disparu.
Autrement dit, un bâtiment noirci et encore fumant ne devient pas automatiquement inoffensif parce que le feu principal est éteint
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Après l’incendie, le danger se dépose
Lorsque la fumée se dissipe, une partie de la pollution retombe sur les sols, les murs, les meubles, les véhicules, les jardins et les objets. Elle forme une couche de suie et de cendres qui peut sembler inerte.
Elle ne l’est pas nécessairement.
Les cendres provenant de bâtiments incendiés peuvent contenir des traces de plomb, d’arsenic, de cuivre, de nickel, de chrome, de matériaux caustiques et, dans les constructions anciennes, d’amiante. Les batteries au lithium endommagées peuvent par ailleurs se rallumer, exploser ou émettre des gaz toxiques.
Le risque réapparaît au moment du nettoyage. Balayer à sec, souffler les poussières ou utiliser un aspirateur ordinaire remet les particules en suspension. Elles sont alors respirées une seconde fois, parfois par des habitants qui pensent simplement remettre leur logement en état.
Les autorités sanitaires américaines recommandent de ne pas faire participer au nettoyage les enfants, les personnes âgées ni les personnes atteintes de maladies cardiaques ou respiratoires. Elles préconisent d’humidifier légèrement les cendres, d’utiliser des chiffons humides ou un aspirateur équipé d’un filtre HEPA et d’éviter tout geste produisant un nuage de poussière.
Un air extérieur clair ne signifie pas toujours un logement sain
La fumée s’infiltre par les fenêtres, les aérations, les joints, les systèmes de ventilation et les prises d’air. Elle peut ensuite se déposer sur les textiles, les tapis, les rideaux, les matelas et les filtres.
Après l’incendie, ouvrir immédiatement toutes les fenêtres n’est donc pas toujours la bonne solution. Il faut d’abord vérifier que l’air extérieur s’est réellement amélioré. Atmo France recommande de limiter les activités physiques et les déplacements pendant le passage des fumées, puis d’aérer lorsque les conditions atmosphériques le permettent.
Pendant l’épisode, il convient également d’éviter de produire davantage de particules à l’intérieur : bougies, encens, tabac, aérosols, cuisson très grasse ou aspirateur sans filtre adapté aggravent la pollution domestique. Un purificateur d’air équipé d’un filtre HEPA peut réduire la concentration de particules dans une pièce fermée.
Le masque protège des particules, pas de tous les poisons
À l’extérieur, un appareil respiratoire filtrant bien ajusté de type FFP2 ou N95 peut réduire l’inhalation de particules fines et de cendres. Son efficacité dépend toutefois fortement de son étanchéité sur le visage. Une barbe, un masque mal dimensionné ou des fuites sur les côtés diminuent considérablement la protection.
Mais il faut être clair : un FFP2 filtre les aérosols et les particules. Il ne constitue pas une protection universelle contre le monoxyde de carbone, les gaz toxiques ou les vapeurs chimiques. Ceux-ci exigent des équipements spécifiques, choisis en fonction du contaminant, et parfois un appareil respiratoire isolant.
Un masque ne doit donc jamais servir de prétexte pour pénétrer dans un bâtiment enfumé ou retourner dans une zone interdite.
Tout le monde peut être touché
Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes souffrant d’asthme, de BPCO, de maladies cardiovasculaires, de diabète ou d’insuffisance rénale sont plus vulnérables. Mais une personne jeune et en bonne santé peut également présenter une toux, des yeux irrités, des maux de tête, une respiration sifflante, une fatigue inhabituelle, des palpitations ou une douleur thoracique.
Une difficulté respiratoire importante, une douleur thoracique, une confusion, une perte de connaissance ou une aggravation brutale de l’état général nécessitent une prise en charge urgente. En France, il faut appeler le 15 ou le 112.
Le feu ne s’arrête pas toujours lorsque la dernière flamme disparaît
Un incendie laisse derrière lui des arbres calcinés, des maisons détruites et des paysages noirs. Mais il laisse aussi une pollution beaucoup plus discrète, susceptible de demeurer dans l’air, les poussières et les bâtiments.
C’est sans doute l’un des aspects les moins compris des catastrophes par le feu : le moment où les pompiers annoncent que l’incendie est maîtrisé ne correspond pas nécessairement au moment où le danger sanitaire disparaît.
Après les flammes viennent les fumées résiduelles, les cendres, le déblaiement et la remise en suspension des poussières. Une deuxième phase commence alors, moins spectaculaire, mais pas toujours moins dangereuse. Elle exige de la prudence, des mesures de la qualité de l’air, des équipements adaptés et parfois l’intervention de professionnels.
Parce qu’un incendie peut continuer à atteindre les corps bien après avoir cessé d’éclairer le ciel.
