Platon, je crois que je ne comprends pas
la politique.
Tu ne comprends pas le pouvoir.
Ce n’est pas la même chose ?
Non.
Le pouvoir veut occuper une place.
La politique devrait prendre soin d’une cité.
Les hommes les confondent souvent.
Pourquoi ai-je toujours eu l’impression d’en
être exclue ?
Parce que tu cherchais la vérité là où
beaucoup cherchent la victoire.
Je reste silencieuse.
Alors je suis condamnée à rester à l’écart.
Etre à l’écart n’est pas être absent.
c’est parfois voir ce que les autres ne
voient plus.
Mais que peut faire un dessin face
au pouvoir ?
Platon sourit.
Tu poses la mauvais question.
Je le regarde.
Demande-toi plutôt ce que le pouvoir ne
peut pas faire.
Je réfléchis.
Il poursuit.
Le pouvoir obtient l’obéissance.
Jamais l’attention.
Le pouvoir fait taire.
Il n’apprend pas à voir.
Le pouvoir organise les corps.
Il ne transforme pas les regards.
Et le dessin ?
Le dessin ne gouverne personne.
Il rend le monde plus visible.
Il ne cherche ni disciples.
Ni vaincus.
Ni vainqueurs.
Il laisse chacun libre de regarder.
Un long silence s’installe.
Tu crois dessiner des lignes.
Tu dessines une manière d’être au monde.
Je baisse les yeux vers ma feuille.
Je comprends alors que je n’ai jamais cherché
à gagner une place.
J’ai toujours essayé de construire un lieu.
Un lieu où l’attention compte davantage que
la stratégie.
Un lieu où les regards ne dominent pas.
Ils rencontrent.
Peut-être est-ce cela, finalement, la plus
discrète des cités.
La cité invisible.
Ecouter la version lue par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/reREx_kqcIg
