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« À la bonne franquette » : l’histoire d’une expression qui célèbre la simplicité à la française

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 « À la bonne franquette » : l'histoire d'une expression qui célèbre la simplicité à la française

Partager un repas sans protocole, recevoir avec ce que l’on a, parler librement sans chercher à impressionner : l’expression « à la bonne franquette » évoque aujourd’hui une convivialité simple et chaleureuse. Mais à l’origine, elle ne concernait pas spécialement la cuisine. Elle parlait avant tout de franchise.

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Lorsque quelqu’un annonce un dîner « à la bonne franquette », il faut généralement comprendre qu’il n’y aura ni cérémonie, ni tenue exigée, ni service sophistiqué. On mangera simplement, autour d’une table accueillante, sans se soucier des conventions.

La formule possède quelque chose de profondément français : elle transforme l’absence d’apparat en qualité et fait de la simplicité une véritable manière de recevoir. Pourtant, le mot « franquette » n’a pas toujours désigné cette convivialité décontractée.

Une petite franquette née de la franchise

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la « franquette » n’est ni une ancienne recette, ni une aubergiste célèbre, ni une manière particulière de préparer un plat.

Le terme serait un dérivé normand ou picard de l’adjectif **franc**, auquel fut ajouté le suffixe diminutif « -ette ». La « franquette » désignait donc, à l’origine, une manière franche, loyale et directe d’agir ou de parler. Le Centre national de ressources textuelles et lexicales fait remonter l’expression « à la franquette », au sens de « franchement » ou « tout bonnement », au milieu du XVIIᵉ siècle.

À cette époque, faire quelque chose « à la franquette », c’était agir sans détour, sans dissimulation et sans manières affectées.

Molière emploie d’ailleurs la formule en 1666 dans *Le Médecin malgré lui*. Lucas demande à Sganarelle de reconnaître franchement sa prétendue profession :

> « Confessez à la franquette que v’s êtes médecin. »

Il ne s’agit nullement ici de partager un repas rustique, mais simplement d’avouer la vérité sans tergiverser.

De « à la franquette » à « à la bonne franquette »

L’ajout de l’adjectif « bonne » apparaît au siècle suivant. La première attestation connue de la forme complète daterait de 1741, dans *La Chercheuse d’esprit*, un opéra-comique de Charles-Simon Favart.

Un personnage y déclare :

> « Tout à la bonne franquette se partagera. »

La formule conserve l’idée de franchise, mais commence déjà à suggérer une relation simple, égalitaire et dépourvue de cérémonial.

L’expression se détache progressivement de la seule parole sincère. Elle ne signifie plus uniquement « franchement », mais également « simplement », « naturellement » et « sans façon ».

La septième édition du *Dictionnaire de l’Académie française*, publiée au XIXᵉ siècle, définissait encore « à la bonne franquette » par les mots « franchement, ingénument ». Le Littré ajoutait les idées de loyauté et de simplicité.

Une réaction contre les manières trop raffinées ?

Selon une hypothèse popularisée par l’historien du langage Claude Duneton, « à la bonne franquette » aurait pu se développer en opposition à l’expression « à la française ».

Recevoir « à la française » évoquait alors un art de vivre organisé, élégant et parfois luxueux, avec tout ce que cela supposait de règles, de mise en scène et de conventions sociales. La « bonne franquette » aurait représenté l’envers de ce décor : une manière populaire de recevoir sans prétention, avec ce que l’on possède et sans chercher à imiter les grandes maisons. Cette opposition est séduisante, mais elle demeure une interprétation historique plutôt qu’une origine formellement démontrée.

La formule porte néanmoins une petite revanche symbolique. Elle suggère que la chaleur d’un accueil ne dépend ni de la richesse de la vaisselle, ni du nombre de plats, ni du respect rigoureux de l’étiquette.

On peut recevoir modestement et recevoir généreusement.

Quand la franquette passe à table

C’est avec le temps que l’expression s’installe durablement dans le domaine du repas. Recevoir des amis « à la bonne franquette », c’est leur proposer de partager ce qui se trouve sur la table, sans menu compliqué et sans protocole.

La formule devient alors presque synonyme de cuisine familiale : un plat posé au centre, du pain, une bouteille ouverte, des convives qui se servent eux-mêmes et une conversation qui compte davantage que la décoration.

À la fin du XIXᵉ siècle, cette dimension culinaire est suffisamment installée pour apparaître dans des titres d’ouvrages comme *Le Cuisinier à la bonne franquette*, publié en 1883.

Aujourd’hui, les dictionnaires définissent principalement l’expression comme le fait d’agir ou de recevoir « en toute simplicité » et « sans cérémonie ».

La simplicité n’exclut pas la générosité

Recevoir à la bonne franquette ne signifie pas recevoir négligemment. Ce n’est pas servir n’importe quoi à des invités auxquels on ne prêterait aucune attention.

La nuance est importante.

La bonne franquette suppose une simplicité assumée et partagée. L’hôte ne cherche pas à éblouir, mais il souhaite que chacun se sente libre et accueilli. Le repas peut être modeste, mais il demeure généreux par l’intention.

Dans cette expression, le mot « bonne » apporte précisément cette idée de bienveillance. La franchise n’est pas brutale. La simplicité n’est pas froide. Elle devient une manière joyeuse de se retrouver sur un pied d’égalité.

Une expression toujours vivante

Plusieurs siècles après Molière, « à la bonne franquette » demeure parfaitement comprise. Elle appartient au registre familier, mais n’a rien perdu de son charme.

Elle décrit une soirée improvisée, un déjeuner familial, un pique-nique, une table d’amis ou une rencontre au cours de laquelle personne ne cherche à jouer un rôle.

Dans une époque où les repas, les intérieurs et même les moments de convivialité sont souvent mis en scène pour être photographiés et publiés, la bonne franquette conserve une forme de modernité. Elle rappelle que l’on peut accueillir sans impressionner, partager sans calculer et se réunir sans transformer chaque dîner en spectacle.

À l’origine, l’expression invitait à parler franchement. Aujourd’hui, elle nous invite surtout à vivre simplement.

Finalement, la véritable bonne franquette pourrait se résumer ainsi : peu de cérémonie, beaucoup de liberté et suffisamment de chaleur pour que personne ne songe à regarder l’argenterie.

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