Le point d’équilibre.
Chaque matin, je retrouve la feuille.
Je ne viens pas y chercher des réponses.
Je viens vérifier ce que le regard n’avait pas encore vu.
Je déplace une nuance.
j’en retiens une autre.
Je laisse un espace respirer.
Puis je m’éloigne.
Le dessin n’aime pas l’empressement.
Il préfère les regards qui savent attendre.
Lorsque je reviens, presque rien n’a changé.
Et pourtant, plus rien n’est exactement à la même place.
Un vide soutient désormais l’ensemble.
Une discrétion devient plus forte qu’un éclat.
Une présence révèle soudain celles qui
l’entourent.
Je comprends alors qu’un dessin ne se
transforme jamais seul.
Chaque intervention se propage.
Elle traverse la feuille.
Elle rejoint des territoires que je n’avais pas
l’intention de modifier.
Une seule décision peut redessiner tout
un paysage.
Ma vie repose sur des repères fidèles.
Les mêmes horaires.
Les mêmes gestes.
Les mêmes chemins.
C’est précisément cette stabilité qui me
permet d’accepter que, sur la feuille, rien ne
demeure immobile.
Je dessine pour assister à cette
métamorphose silencieuse.
Pour voir comment presque rien finit par
tout déplacer.
Depuis le premier trait, je poursuis cet instant.
Celui où chaque présence révèle les autres.
Celui où le dessin cesse d’être une addition.
Il devient une relation.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/HET0uXCmtKc
