Dessiner.
C’est parfois commencer avant les ruines.
Je regarde les images.
Des immeubles ouverts.
Des chambres sans toit.
Des escaliers qui s’arrêtent dans le vide.
Les ruines occupent toute la place.
Elles nous obligent à regarder ce qui
est tombé.
Mais je crois que la première destruction
est ailleurs.
Elle commence lorsqu’un arbre n’est plus
qu’un camouflage.
Lorsqu’une fenêtre n’est plus qu’un risque.
Lorsqu’une école n’est plus qu’une cible.
Les choses cessent d’être elles-mêmes.
Elles deviennent des fonctions.
Des calculs.
Des menaces.
Le dessin refuse cette transformation.
Il ne cherche pas à reproduire le monde.
Il cherche à le rencontrer.
Une ligne ne désigne pas.
Elle s’approche.
Une couleur ne recouvre pas.
Elle révèle.
Chaque dessin rend à une présence ce que la
peur voulait lui retirer.
Son irréductible singularité.
Je ne crois pas que le dessin puisse arrêter
une guerre.
Je crois qu’il protège quelque chose de
plus fragile.
La possibilité de continuer à reconnaître
un arbre.
Une fenêtre.
Un visage.
Non pour ce qu’ils permettent.
Mais pour ce qu’ils sont.
Peut-être est-ce cela, dessiner.
Refuser qu’un être, un lieu ou une chose ne
soit plus regardé que pour son utilité ou son
danger.
Tant qu’une main cherchera la justesse
d’une ligne…
Tant qu’une couleur pourra encore être
accueillie sans crainte…
Il restera une manière de résister.
Silencieusement.
En redonnant au monde son infinie
singularité.
Ecouter ce texte lu par son auteure pour la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/E-mPN0eX08M
