« Je regrette que l’enseignement de l’histoire de l’art ne soit pas obligatoire dans les collèges et lycées. On apprend à lire à l’école, mais pas à voir, ce qui me semble être une grande défaillance du système éducatif français. » Pierre Rosenberg
Notre époque est saturée d’images. Chaque jour, nous en faisons défiler des centaines sur nos téléphones, nos ordinateurs ou dans l’espace public. Pourtant, savoir regarder une image n’a rien d’évident. Comprendre une peinture, une photographie, une architecture ou une sculpture demande un apprentissage, au même titre que comprendre un texte.
L’histoire de l’art n’est pas un luxe réservé à une élite. C’est une école du regard. Elle apprend à observer avant de juger, à distinguer le détail essentiel, à replacer une œuvre dans son époque, à comprendre les symboles, les techniques et les intentions de l’artiste. C’est précisément ce que soulignent les objectifs officiels de cet enseignement lorsqu’il est proposé dans le système éducatif.
Former le regard, c’est aussi former l’esprit critique. Une image peut séduire, manipuler, émouvoir ou tromper. Dans un monde où les réseaux sociaux, la publicité et désormais l’intelligence artificielle produisent un flux permanent de contenus visuels, cette compétence devient presque aussi essentielle que la lecture.
Contrairement à une idée répandue, l’histoire des arts existe déjà dans les programmes français depuis 2008 sous une forme transversale. Mais elle est souvent intégrée à d’autres disciplines et son importance varie fortement selon les établissements et les enseignants. Elle ne bénéficie pas toujours du temps ni des moyens nécessaires pour devenir une véritable culture commune.
Peut-être est-il temps de considérer que l’éducation ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à apprendre à percevoir le monde avec plus de finesse. Car un citoyen qui sait regarder est souvent un citoyen qui comprend mieux, qui doute davantage des apparences et qui se laisse moins facilement manipuler.
On apprend à lire les mots. Il serait peut-être temps d’apprendre aussi à lire les images. C’est sans doute l’un des grands défis culturels du XXIᵉ siècle.
