C’est la période des fêtes.
Je redoute toujours ces moments.
Les anniversaires.
Les célébrations.
Les réunions de famille.
Tout le monde semble savoir quoi faire.
Quand appeler.
Quand écrire.
Quels mots choisir.
Quel cadeau offrir.
Moi, je ne sais jamais.
Non pas parce que j’aime moins.
Peut-être parce que j’aime autrement.
Les dates glissent entre mes mains.
Les êtres, eux, restent.
Je peux oublier un anniversaire.
Jamais une présence.
Je voudrais être juste.
Je réfléchis trop.
Je doute.
Puis je me tais.
Mon silence ressemble à une absence.
Il est souvent une protection.
Les fêtes demandent une émotion commune.
La mienne ne répond pas aux convocations.
Elle arrive plus tard.
Au détour d’une rue.
Dans un parfum.
En rouvrant un carnet.
Ou devant une feuille blanche.
Je n’ai jamais dessiné parce qu’une date me
le demandait.
Je dessine lorsqu’une ligne devient
nécessaire.
Lorsqu’une couleur appelle une autre couleur.
Lorsqu’une présence cherche un chemin.
Le dessin ne célèbre rien.
Il demeure.
Comme l’amour.
La bouilloire commence à chanter.
Un placard se referme.
Tu prendras une infusion Juliette ?
Je reconnaîtrais cette voix entre mille.
Oui, maman.
Elle me regarde.
Toujours avec le même sourire.
Puis elle me demande :
Beaucoup se sont demandé pourquoi tu
n’étais pas à mon enterrement.
Je ferme les yeux.
Longtemps.
Moi aussi, je me suis posé cette question.
Je n’ai jamais trouvé le chemin jusqu’à ce jour-là.
Quand tu es partie, le temps s’est arrêté.
Les couleurs.
Les saisons.
Les odeurs.
Le goût des choses.
Tout s’est enfermé dans un même hiver.
Elle ne répond pas tout de suite.
Puis elle sourit.
Je n’ai jamais confondu ton absence avec
un manque d’amour.
Les cérémonies appartiennent aux vivants.
L’amour va plus loin.
Je sens sa main rejoindre la mienne.
Légère.
Presque transparente.
Tu sais, je t’ai vue.
Pas ce jour-là.
Mais tous les autres.
Lorsque tu venais t’asseoir près de moi.
Lorsque tu restais longtemps.
Lorsque tu dessinais.
Lorsque tu ne disais rien.
Tu croyais arriver trop tard.
Tu étais simplement là.
À ta manière.
Aujourd’hui encore, je vais la voir.
Souvent.
Sans prévenir.
Je m’assois près d’elle.
Parfois je dessine.
Parfois je regarde simplement les arbres.
Nous n’avons plus besoin de beaucoup de mots.
Le dessin poursuit la conversation.
Les calendriers tournent.
Les fleurs fanent.
Les pierres vieillissent.
Certaines présences, elles, demeurent.
Chaque fois que je dessine,
j’ai le sentiment
que la ligne
sait encore
retrouver
ceux que l’amour
n’a jamais perdus.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/oem21ivbykk
