Je déteste me vendre.
Me raconter pour exister.
Je préfère être reconnue par mes gestes.
Mes dessins.
Mes textes.
Ma manière d’habiter le monde.
Parler de moi sans être précise me donne
l’impression de me trahir.
La conversation sociale accepte l’à-peu-près.
Moi, non.
Je suis entière.
Je ne connais pas la demi-mesure.
J’aime écouter.
Longtemps.
Lorsqu’une pensée prend le temps de naître.
Lorsqu’une seule voix habite l’espace.
Alors, je me sens à ma place.
Les groupes…
c’est autre chose.
Ce n’est pas la présence des autres qui
me fatigue.
C’est leur simultanéité.
Les paroles se croisent.
Les regards changent sans cesse.
Les sujets s’interrompent avant d’avoir existé.
Mon attention est appelée de toutes parts.
Mon corps comprend avant moi.
Mon coeur accélère.
Ma respiration devient plus courte.
Mon ventre se ferme.
Les sons se mélangent.
Je voudrais écouter chacun.
Je n’entends plus personne.
Tout devient une seule matière.
Dense.
Envahissante.
Le bruit des autres.
Alors je dessine.
Une feuille ne parle jamais plus fort qu’une autre.
Une ligne attend toujours la suivante.
Aucune ne cherche à prendre sa place.
Le dessin connaît la patience.
Il m’apprend qu’une seule ligne suffit.
Puis une autre.
Puis une autre encore.
Peu à peu, le monde retrouve un rythme.
Le silence revient.
Je peux respirer.
Je comprends alors que je ne dessine pas pour
m’éloigner des autres.
Je dessine pour apprendre à les rencontrer.
Ecouter ce texte lu par son auteur sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/_UuU38u9Kc0
