Moi.
Pourquoi souris-tu ?
Mona.
Je ne souris pas.
J’attends.
Moi.
Le monde entier parle pourtant de ton sourire.
Mona.
Le monde aime donner un nom à ce qu’il ne
comprend pas.
Il appelle cela un mystère.
Moi.
Tu n’en es pas un ?
Mona.
Non.
Je suis une rencontre.
Moi.
On dit que tu caches quelque chose.
Mona.
Je ne cache rien.
Je laisse une place.
Le regard vient y déposer son histoire.
Moi.
Je crois connaître cette place.
On me dit souvent réservée.
Parfois distante.
Comme si quelques secondes suffisaient pour
connaître un être.
Mona.
Les regards pressés fabriquent des certitudes.
L’attention, elle, accepte de ne pas savoir.
Moi.
Comment Léonard a-t-il peint ton sourire ?
Mona.
Il n’a pas peint un sourire.
Il a peint un passage.
Les contours respirent.
Les ombres ne ferment rien.
La lumière hésite.
Le regard poursuit ce que le pinceau abandonne.
Moi.
Alors chacun achève ton portrait.
Mona.
Non.
Personne ne l’achève.
Chacun le recommence.
Moi.
Voilà pourquoi tu demeures vivante.
Mona.
C’est la même chose.
Lorsqu’ils croient devoir tout montrer,
ils cessent parfois de respirer.
Moi.
Alors ton sourire ne regarde pas le monde.
Il attend qu’un regard soit prêt à le rencontrer.
Mona.
Enfin…
tu me vois.
Ecouter la version audio de ce texte par l’auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/moR4VcDmw2o
