Je recherche l’émotion.
La vibration constante.
Partout.
Dans le quotidien.
Dans une rencontre.
Dans une oeuvre.
Dans une pensée qui déplace quelque chose.
Je n’aime pas parler de moi.
Je m’y sens en danger.
J’aime écouter l’autre.
À une condition.
Que les mots cessent de remplir l’espace.
Qu’ils commencent à l’ouvrir.
Me raconter me paraît abstrait.
Souvent artificiel.
Et pourtant…
J’écris.
Ecrire, c’est chercher le mot juste pour dire vrai.
J’ai une pudeur profonde.
Une timidité intérieure.
On la prend parfois pour de la froideur.
Ou de la hauteur.
Peu importe.
Tout m’atteint.
Le bourdonnement d’un néon.
L’odeur d’un atelier.
Le froissement d’un manteau.
Une voix.
Une présence.
Un regard.
Je n’ai pas de filtre.
Je suis émotion.
Sensation.
Résonance.
Tout circule.
Tout s’accumule.
Sortir les mots, c’est ouvrir une digue
émotionnelle.
Je connais la force de ce courant.
Alors je le retiens.
Je patiente.
Je choisis.
Le moment.
Le lieu.
Les visages.
Les codes sociaux me demeurent obscurs.
Que faut-il dire ?
À quel instant ?
À quelle distance de soi ?
Je ne sais pas toujours.
Alors je souris.
Puis je dessine.
Avant les mots, il y a la feuille.
Une ligne apparaît.
Elle ne décrit rien.
Elle fixe une limite.
Une couleur répond à une autre.
L’espace s’organise.
Le regard circule.
Quelque chose trouve enfin sa place.
Le dessin ne calme pas ce qui m’habite.
Il l’ordonne.
Il construit une charpente.
Une géographie.
Une architecture.
Une feuille possède parfois davantage de
frontières que mon propre corps.
Là où tout affluait sans mesure, une ligne suffit.
Elle ne retranche rien.
Elle rend enfin le monde habitable.
Ecouter ce texte ému par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/ixXXdN73K34
