Pour célébrer ses 90 ans, la Cinémathèque française s’offre un anniversaire à la hauteur de son histoire : une programmation exceptionnelle de 180 films, choisis parmi neuf décennies de cinéma.
Intitulé « Nos 90 ans en 180 films », ce vaste voyage cinéphile débutera le 16 septembre 2026. Sa première partie se poursuivra jusqu’au 29 novembre, avant une seconde séquence programmée à partir du mois de décembre.
L’ambition est aussi simple que vertigineuse : retenir deux films par année, de 1936 — date de création de la Cinémathèque française — à 2025. Une seule œuvre a été sélectionnée par cinéaste, afin d’éviter qu’une poignée de grands noms n’occupe tout l’écran et de laisser une place à la diversité des époques, des pays et des écritures.
Une histoire du cinéma forcément subjective
La Cinémathèque ne prétend pas livrer une liste définitive des « meilleurs films de tous les temps ». Elle revendique au contraire un choix personnel, ludique et nécessairement incomplet.
À l’époque de Letterboxd, des classements permanents et des milliers de « tops » publiés en ligne, cette sélection se présente avant tout comme une invitation. Celle de revoir des classiques dans les meilleures conditions, mais aussi de découvrir des œuvres plus rares, parfois éclipsées par les grands succès commerciaux.
La programmation a d’abord été nourrie par une consultation de l’ensemble du personnel de la Cinémathèque. Les résultats ont ensuite été retravaillés pour respecter la règle imposée : deux titres par année et jamais deux fois le même réalisateur ou la même réalisatrice.
Le résultat ne cherche donc pas à établir un palmarès incontestable. Il dessine plutôt une certaine idée du cinéma : un art populaire, mais aussi radical, inventif et capable de résister aux seules logiques du succès.
De Chaplin à Bong Joon-ho
La première partie permet de traverser plusieurs générations de cinéma.
On y retrouve notamment **Le Dictateur** de Charlie Chaplin, **La Belle et la Bête** de Jean Cocteau, **Le Voleur de bicyclette** de Vittorio De Sica, **Chantons sous la pluie** de Stanley Donen et Gene Kelly, **La Nuit du chasseur** de Charles Laughton ou encore **Rio Bravo** de Howard Hawks.
Les années 1960 et 1970 sont représentées par des œuvres aussi différentes que **La Jetée** de Chris Marker, **Les Parapluies de Cherbourg** de Jacques Demy, **Playtime** de Jacques Tati, **Le Parrain** de Francis Ford Coppola, **La Maman et la Putain** de Jean Eustache, **Barry Lyndon** de Stanley Kubrick ou **Les Dents de la mer** de Steven Spielberg.
La sélection poursuit son chemin avec **Shoah** de Claude Lanzmann, **Sans toit ni loi** d’Agnès Varda, **Le Tombeau des lucioles** d’Isao Takahata, **Mulholland Drive** de David Lynch, **Lost in Translation** de Sofia Coppola, **The Social Network** de David Fincher, **Mad Max : Fury Road** de George Miller ou encore **Parasite** de Bong Joon-ho.
Les années les plus récentes ne sont pas oubliées, avec notamment **Babylon**, **Tár**, **L’Été dernier**, **All We Imagine as Light** et **Les Graines du figuier sauvage**.
Une place assumée pour les films moins connus
L’intérêt de cette programmation ne réside pas seulement dans la présence de chefs-d’œuvre mondialement célébrés.
La Cinémathèque a également choisi de mettre en lumière des films plus discrets, parfois difficiles à voir en salle. Des œuvres qui n’ont pas nécessairement rencontré un immense succès public, mais dont la forme, la liberté ou la singularité continuent d’influencer le cinéma.
Cette sélection rappelle ainsi une évidence trop souvent oubliée : les films les plus célèbres ou les plus rentables ne sont pas automatiquement les plus importants.
Comme le résume une formule de Jean-Luc Godard reprise par la Cinémathèque, la marge est aussi ce qui « fait tenir ensemble les pages du livre ».
Le cinéma à un euro pour les moins de 26 ans
L’autre excellente nouvelle concerne les jeunes spectateurs : **toutes les séances de cette rétrospective seront proposées à un euro aux moins de 26 ans**.
Une mesure particulièrement bienvenue à une époque où le prix des sorties culturelles peut décourager une partie du public. Pour le prix symbolique d’une pièce, les jeunes cinéphiles pourront ainsi se constituer leur propre histoire du cinéma, revoir des classiques sur grand écran et découvrir des œuvres qu’ils ne seraient probablement jamais allés chercher seuls.
La billetterie ouvrira le 21 août 2026.
À travers ces 180 films, la Cinémathèque française ne célèbre donc pas seulement son passé. Elle transmet une mémoire, affirme un goût et prépare surtout le regard des spectateurs de demain.
Programme complet disponible sur Cinematheque.fr
HENRI reste ouvert tout l’été avec 256 films
https://www.cinematheque.fr/henri/
