J’ai dessiné.
J’ai écrit.
Pendant des années.
Des milliers d’heures.
Des milliers de lignes.
Des milliers de regards déposés sur le papier.
Je ne demande pas que l’on m’admire.
Je voudrais seulement que quelqu’un s’arrête.
Qu’il regarde un dessin.
Qu’il ouvre un livre.
Qu’il accepte, quelques instants, de regarder
le monde depuis un autre endroit.
Une question me traverse.
Comment se sentir chez soi dans un monde
qui n’accepte pas de partager un regard
différent ?
Car c’est cela que je dépose dans un dessin.
Une manière de regarder.
Une manière de relier les choses.
Une manière d’habiter le réel.
Chaque oeuvre est une invitation.
À ralentir.
À déplacer son regard.
À entrer, un instant, dans la perception
d’un autre.
Lorsqu’aucun regard ne répond, ce n’est pas
seulement une feuille qui demeure seule.
C’est une rencontre qui n’a pas lieu.
Le monde continue.
Mais il devient un peu plus étroit.
Alors je dessine.
J’écris.
Je continue de tendre des feuilles vers
les autres.
Sans savoir qui les recevra.
Parce qu’un seul regard peut suffire.
Non pour valider une oeuvre.
Mais pour agrandir le monde.
