Adolescente, tout était jaune fluo.
Une couleur trop vive.
Comme si le monde avait augmenté son
intensité sans agrandir son espace.
Tout semblait trop proche.
Les murs.
Les plafonds.
Les couloirs.
Les salles de classe.
Les journées.
Je n’avais pas envie de partir.
J’avais besoin que quelque chose s’ouvre.
Je regardais les fenêtres.
Le ciel.
Les arbres.
Tout ce qui prolongeait le regard au-delà
des murs.
Mon corps restait là.
Mon regard cherchait déjà plus loin.
Le dessin m’accompagnait depuis toujours.
Mais il avait trouvé une autre nécessité.
Chaque feuille ouvrait une fenêtre.
Les lignes repoussaient les murs.
Les couleurs inventaient des paysages
qu’aucune pièce ne pouvait contenir.
La perspective reculait les limites.
L’espace recommençait.
Alors quelque chose se desserrait.
La pensée retrouvait son amplitude.
Le regard cessait de buter contre les murs.
Je pouvais habiter un espace plus vaste sans
quitter l’endroit où je me trouvais.
Le dessin ne m’emmenait pas ailleurs.
Il agrandissait le dedans.
Il rendait au monde une profondeur qu’aucun
mur ne pouvait contenir.
