Art of Juliette

Le temps du carnet.

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 Le temps du carnet.

« Les images ne vivent jamais seules.
Elles continuent de se regarder d’une page à l’autre. »

Le carnet n’est pas un simple recueil de dessins. Il est le lieu où les images se répondent, se transforment et découvrent peu à peu leur propre nécessité. En tournant les pages, le regard ne suit pas une succession d’oeuvres : il accompagne le déploiement d’une pensée.

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Le carnet demeure fermé.

Rien n’y appelle le regard.
Il faut accepter de l’ouvrir.

Ce geste, presque imperceptible, marque déjà une autre manière d’entrer dans les images.

Elles ne s’offrent pas.
Elles se laissent approcher.

Chaque page ralentit le regard.
Elle l’invite à demeurer un instant avant de poursuivre.

Le temps ne s’y découpe pas plus en images successives.
Il devient une continuité.

Le dessin ne surgit jamais seul.
Il avance entouré des autres dessins.

Une ligne rencontrée plusieurs pages plus tôt réapparaît soudain sous une autre forme.
Une couleur prolonge silencieusement une couleur oubliée.

Une hésitation ancienne trouve enfin son équilibre.

Le carnet possède cette mémoire discrète où rien ne disparaît tout à fait.
Chaque nouvelle page éclaire celles qui la précèdent.

Sans les modifier,
elle les transforme.

Le sens ne réside jamais dans une image isolée.

Il circule.
Il se déplace.

Il hésite.
Il revient.

Comme la pensée elle-même, il préfère les passages aux certitudes.

Le carnet accepte cette lente élaboration.

Il ne demande ni conclusion, ni démonstration.
Il accueille les formes au moment où elles cherchent encore leur nécessité.

Certaines attendront plusieurs semaines.
D’autres plusieurs années.

Le temps ne leur retire rien.
Il approfondit leur présence.

Les pages conservent aussi une mémoire plus silencieuse.

Le papier s’assouplit.
Les angles s’usent.

Une trace de couleur demeure.
Une légère transparence laisse deviner un dessin voisin.

Le carnet finit par porter autant les marques du temps que celles de la main.
Il devient moins un objet qu’une durée habitée.

C’est peut-être pour cette raison que je ne le considère jamais comme un simple support.

Il ne contient pas des dessins.
Il rend possible leurs relations.

Il accueille les déplacements du regard, les retours de la mémoire, les rapprochements imprévus.

Il laisse les images penser ensemble.

Peu à peu, le carnet cesse d’être un lieu où l’on conserve des dessins.

Il devient un lieu où le regard apprend à habiter ses propres métamorphoses.

Ecoutez la version audio par l’auteure sur la chaine Youtube dédiée : DESSINER L’ATTENTION : https://www.youtube.com/watch?v=OEje8AX9x8M

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