Art of Juliette

Le courage du papier.

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 Le courage du papier.

« Ce qui s’efface ne disparaît pas toujours.
Il arrive qu’il rende la présence plus visible. »

Le choix d’un support n’est jamais une décision purement matérielle. Chaque matière engage une manière de regarder, d’attendre et d’accueillir ce qui apparaît. Le papier possède une discrétion singulière : il ne cherche jamais à prendre la place de ce qu’il reçoit.

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Le papier ne précède pas le dessin.

Il ne lui construit ni décor,

ni prestige,
ni promesse.

Il offre seulement une surface où quelque chose peut advenir.

La toile affirme déjà sa présence.

Son épaisseur.

Sa tension.
Son échelle.

Avant même que la première ligne n’apparaisse, elle introduit une certaine idée de l’oeuvre.

Le papier suspend cette attente.
Il ne demande rien d’autre qu’une attention disponible.

Le trait ne peut s’appuyer sur aucune autorité extérieure.
Il avance avec sa seule nécessité.

Alors le regard change.

Il ne cherche plus à reconnaître un objet achevé.
Il accompagne une apparition.

Chaque ligne devient moins une forme qu’un événement.
Chaque hésitation révèle une manière d’habiter le temps.

Chaque respiration déplace imperceptiblement l’équilibre de la page.

Plus le support s’efface,
plus l’attention devient visible.

Comme si la discrétion de la matière révélait une autre matière,

plus difficile à nommer,
celle de la présence.

Le papier ne retient rien.
Il laisse le dessin demeurer fragile.

Cette fragilité n’est pas une faiblesse.
Elle est la condition d’une disponibilité.

Rien n’y semble définitivement acquis.

Chaque page recommence le regard.

C’est sans doute pour cette raison que les carnets occupent une place si importante dans mon travail.

Ils ne séparent pas le dessin de la vie.
Ils accueillent une image avant qu’elle ne devienne une intention,

une intuition avant qu’elle ne cherche une démonstration,
une perception avant qu’elle ne rencontre les mots.

Le support n’apparaît plus comme un simple matériau.
Il révèle peu à peu la manière dont le regard entre en relation avec le monde.

Certaines matières imposent leur présence.
D’autres choisissent de s’effacer.

Le papier appartient à cette discrète générosité.

Il ne cherche pas à être regardé.
Il rend le regard possible.

J’aime la simplicité des matériaux pour créer des images compliquées à réaliser.

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