Ma vie est un tempo.
Des repères.
Des cycles.
Des répétitions.
Des cercles.
Des lignes.
Des grammes.
Des mesures.
Des boîtes.
Des crayons.
Des feutres.
Des couleurs.
Des carnets.
Chaque chose possède sa place.
Non pour contrôler le monde.
Pour pouvoir entrer en dialogue avec lui.
Ma vie ressemble à une poupée gigogne.
Chaque espace en contient un autre.
Chaque carnet ouvre un autre carnet.
Chaque dessin appelle un autre dessin.
À ma gauche, mon carnet.
À ma droite, mon ordinateur.
Mozart dans les oreilles.
Un crayon dans la main.
J’écris.
Je dessine.
Je retourne à l’écriture.
Je repars vers le dessin.
Je ne décide jamais lequel commence.
Ils dialoguent.
L’un poursuit ce que l’autre ne peut pas dire.
Je vis dans une petite pièce.
Je l’ai choisie.
Elle contient peu.
Elle ouvre un espace immense.
Je marche.
Je regarde.
Je reviens.
Le silence m’attend.
On croit que je vis seule.
Je ne me sens presque jamais seule.
Je dialogue avec la lumière.
Avec Mozart.
Avec le souffle.
Avec les couleurs.
Avec le papier.
Avec le temps.
Et avec l’encre.
Je travaille sur plusieurs dessins en même temps.
Je tourne les pages.
Le recto.
Le verso.
Ils ne racontent pas la même histoire.
Le verso n’est pas l’ombre du dessin.
Il possède sa propre voix.
L’encre a fait son choix graphique.
Je ne cherche pas à reprendre ce qu’elle a décidé.
Je regarde.
J’attends.
Je réponds.
Je repars toujours de son empreinte.
Jamais d’une feuille blanche.
Chaque empreinte devient une invitation.
Le dessin répond.
Puis l’encre répond à son tour.
Le dialogue continue.
Je regarde cela avec les yeux d’une enfant.
L’émerveillement ne m’a jamais quittée.
Créer, ce n’est pas imposer une forme.
C’est accepter qu’une autre intelligence entre dans la conversation.
Le dessin ne m’obéit pas.
Il m’apprend à regarder.
L’encre ne m’obéit pas.
Elle m’apprend à écouter.
Et, chaque fois que je crois transformer la matière, je découvre que c’est elle qui me transforme.
