Art of Juliette

La tourmente de moi-même.

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La tourmente de moi-même.

« Ce qui cherche à naître finit toujours par trouver une fissure. »

L’écriture ouvre une brèche. Ce qui, pendant des années, n’avait trouvé d’expression que dans le dessin surgit désormais par les mots.
La découverte progressive de sa singularité ne conduit pas à une identité nouvelle, mais à l’acceptation d’une manière d’être qui existait déjà. Ce texte raconte le moment où il devient impossible de continuer à se retenir.

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En écrivant mon histoire, quelque chose a rompu.

Les mots ne demandaient qu’à sortir.

Ils vivaient depuis toujours dans mon alphabet graphique.

Puis ils sont remontés d’un seul coup.
Comme pousse le ventre d’une femme enceinte en déni de grossesse.

On peut longtemps ignorer ce qui grandit.
On ne peut pas l’empêcher de naître.

Le temps est venu.

Dire ce que je suis.

Ce que je vois.
Ce que je ressens.

Ce que je visualise.

Et ne plus avoir honte.

Utiliser ces dons en partage.
Donner ce qui ne s’apprend pas.

Une manière de voir.
Une manière d’écouter.

Une manière de sentir.

Je marche.

Dans la ville.
Dans la nature.

Sans autre raison que le mouvement.

Je regarde la vie.

J’écris.
Je dessine.

Je mange dans le silence.
Je coupe les informations.

Les conversations de façade me laissent loin d’elles.

Je ne supporte plus que l’essentiel.

Je pense.
Je respire.

J’observe.

J’écoute les messages qui viennent de l’intérieur.

Mozart m’accompagne.

Je lis plusieurs livres à la fois.

La musculation rythme mon horloge biologique.

Ma vie est structurée.

Disciplinée.
Organisée.

Ascétique.

Cette structure me permet d’aller là où, sans elle, je me perdrais.

Le superflu disparaît.
Le silence grandit.

Je me sens en errance dans le monde.
Et pourtant, aux portes de la vérité.

Je découvre que je ne pense pas comme tout le monde.

Les mots Asperger, haut potentiel, synesthésie mettent une lumière sur des expériences que je vivais déjà.

Ils ne créent pas mon identité.
Ils m’aident à la reconnaître.

Je cherche encore celle qui a été cachée.

Camouflée.
Réduite.

Presque détournée de sa propre vie.

On ne peut pas être à moitié soi-même.

Le barrage a explosé.
Le torrent s’écoule.

Je suis dans la tourmente de moi-même.
Je suis un être sauvage.

Je pense plus fort.
Je ressens plus fort.

Je crée plus fort.

Ma structure.
Ma discipline.

Mon exigence.

Voilà ce qui me permet d’aller jusqu’au bord de moi-même sans tomber.

J’appartiens au monde des êtres singuliers.

Je ne cherche plus à y entrer.

J’y suis.

Et c’est depuis cet endroit que je peux enfin rencontrer les autres.

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