Il aura suffi de quelques apparitions publiques pour que Billy Blanchard devienne un sujet de conversation.
Lors du Festival de télévision de Monte-Carlo, en juin 2026, puis à plusieurs défilés de la Fashion Week parisienne, le fils de Julie Depardieu et de Philippe Katerine s’est présenté devant les photographes avec une aisance inhabituelle pour son âge. Costume bleu clair et foulard blanc à Monaco, chemise noire fluide et sac en forme de voiture chez Yohji Yamamoto, lunettes rouges en forme de cœur et accessoires de créateur chez Jean Paul Gaultier : Billy ne semble pas choisir ses vêtements pour passer inaperçu.
Devant les objectifs, il joue. Il pose, replace ses cheveux, regarde franchement les photographes, accentue parfois une moue ou un geste. Il ne donne pas l’impression de subir l’événement. Il paraît au contraire en comprendre parfaitement les codes et s’en amuser.
À l’issue du défilé Jean Paul Gaultier, plusieurs personnes présentes lui ont demandé des photos. Il aurait accepté avec simplicité, loin de l’image hautaine que certains internautes tentent déjà de lui construire. Sa marraine Arielle Dombasle, qui avait participé au choix de son prénom, l’a publiquement décrit comme un garçon « cool », charmant et unique.
Un adolescent transformé en phénomène de mode
Billy Blanchard n’est pourtant pas encore une personnalité publique au sens classique du terme. Il ne donne pas d’interviews, ne développe pas de discours particulier et n’a annoncé aucun projet précis dans la mode.
Il a cependant déjà été confronté aux caméras. Enfant, il est apparu dans plusieurs clips de Philippe Katerine, notamment *Moment parfait*, *Bonhommes* et *Blond*. Il figure également au générique du film *Les Secrets de la princesse de Cadignan*, sorti en 2023, sous le nom de Billy Depardieu-Blanchard.
Son intérêt pour la mode paraît désormais évident. Mais il est encore beaucoup trop tôt pour savoir s’il souhaite en faire un métier, devenir comédien ou simplement profiter de quelques événements auxquels ses parents lui donnent naturellement accès.
Cette prudence est essentielle. Billy n’est pas encore une vedette installée. C’est un adolescent que l’exposition médiatique est soudainement en train de transformer en personnage.
Et c’est précisément là que les choses deviennent plus inquiétantes.
« Trop efféminé », « trop maniéré » : le vieux procès de la masculinité
Sous les photographies et les vidéos de Billy, les réactions se divisent radicalement.
Une partie du public salue son audace, son élégance, son humour et sa manière manifestement très assumée de jouer avec la mode. Certains voient en lui une personnalité déjà magnétique. D’autres apprécient simplement son naturel et cette façon de ne pas paraître terrorisé par le regard des adultes.
Mais de nombreux commentaires s’attardent lourdement sur ses gestes, sa coiffure ou son allure jugée trop féminine. Les mots « efféminé » et « maniéré » reviennent régulièrement. Certains vont jusqu’à spéculer sur son orientation sexuelle, son identité ou son équilibre psychologique à partir de quelques secondes d’images.
Cela porte un nom : le shaming.
Billy n’est pas critiqué pour une déclaration, un comportement violent ou une œuvre ratée. Il est attaqué parce qu’il ne correspond pas à la représentation traditionnelle que certains se font d’un garçon de 15 ans.
Il ne se tient pas assez raide. Il aime trop les vêtements. Il pose trop bien. Il semble trop à l’aise avec des accessoires associés, dans l’imaginaire collectif, au vestiaire féminin. Il ne cherche pas à durcir sa voix, ses gestes ou son visage pour rassurer ceux qui considèrent encore la virilité comme une discipline obligatoire.
Le problème n’est donc pas réellement Billy. Le problème est le trouble que provoque un garçon qui ne demande pas la permission d’être délicat, théâtral, élégant ou excentrique.
Une allure ne constitue pourtant ni une identité ni une orientation sexuelle. Et quand bien même Billy déciderait un jour de parler publiquement de ces sujets, cela lui appartiendrait entièrement.
Entre Philippe Katerine et Guillaume Depardieu
La fascination vient aussi de son héritage familial.
De Philippe Katerine, Billy semble avoir retenu la liberté de se mettre en scène et le refus du ridicule. Son père a bâti une grande partie de son œuvre sur le droit d’être absurde, nu, vulnérable, enfantin ou décalé. Il serait assez paradoxal de s’étonner que son fils ne considère pas la conformité vestimentaire comme une obligation.
Du côté des Depardieu, beaucoup d’observateurs remarquent sa ressemblance avec son oncle Guillaume Depardieu, mort en 2008. Même chevelure claire, même visage allongé, même intensité dans certains regards : la comparaison revient fréquemment dans les articles comme dans les commentaires.
Mais il faut se méfier de cette projection.
Guillaume Depardieu était un homme tourmenté, révolté et profondément blessé. Billy est un adolescent dont nous ne connaissons pratiquement rien. Une ressemblance physique ne constitue pas un destin, encore moins une psychologie.
Il possède également quelque chose de Julie Depardieu : une façon de se tenir légèrement à côté des conventions, de ne jamais sembler complètement absorbé par le sérieux de la représentation sociale.
Ce mélange produit incontestablement une présence.
Une génération qui refuse de choisir son rayon
Billy représente peut-être aussi une évolution beaucoup plus large.
Pour une partie de sa génération, les vêtements sont moins strictement séparés entre masculin et féminin. Un sac, un bijou, une chemise transparente, une paire de sandales ou des lunettes en forme de cœur ne sont plus nécessairement considérés comme les déclarations identitaires définitives que les adultes veulent y voir.
On porte un objet parce qu’il est drôle, beau, étrange ou photogénique. On essaie une apparence avant d’en adopter une autre. On se construit en circulant entre plusieurs influences.
L’adolescence a toujours été le moment de ces expériences. La différence est qu’aujourd’hui, elles peuvent être photographiées, filmées et commentées par des milliers d’inconnus en quelques heures.
Le moindre geste devient alors un symptôme. Le moindre vêtement, une confession. La moindre pose, une preuve à charge.
Billy semble pour l’instant traverser cette agitation avec une décontraction assez désarmante. Dans les images publiques, il paraît disponible, souriant et plutôt heureux d’être là. Cette attitude sympathique explique aussi pourquoi il séduit autant ceux qui refusent de le réduire à son nom de famille ou à son apparence.
Ni icône ni cible
Il serait néanmoins tout aussi excessif de transformer immédiatement Billy Blanchard en nouvelle icône absolue de la mode.
Il est jeune, privilégié, issu d’une famille célèbre et invité à des événements où l’accès demeure extrêmement fermé. Son exposition actuelle doit beaucoup à ses parents et à son nom. Le nier serait naïf.
Mais être un « fils de » ne suffit pas à créer du charisme.
Face aux photographes, Billy possède quelque chose que l’on ne peut ni acheter ni transmettre entièrement : une manière personnelle d’occuper l’image. Il attire l’œil parce qu’il semble déjà savoir que la mode n’est pas seulement une affaire de vêtements, mais aussi de jeu, de silhouette et d’attitude.
Il faut désormais lui laisser le temps de décider ce qu’il souhaite en faire.
Billy Blanchard ne laisse pas indifférent, c’est vrai. Mais la violence de certaines réactions raconte peut-être davantage notre société que sa personnalité.
À 15 ans, il n’a encore rien revendiqué, rien expliqué et presque rien déclaré. Il s’est simplement présenté avec des cheveux longs, un sac extravagant, quelques gestes gracieux et l’air de trouver tout cela parfaitement normal.
Pour certains, c’est déjà insupportable.
Pour d’autres, c’est précisément ce qui le rend libre.
