Art of Juliette

Toucher le monde.

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Toucher le monde.

« Il est des connaissances que seule la main peut recevoir. »

Dessiner est pour moi une manière de toucher le monde. Le papier, les couleurs, les lignes et les formes ne sont pas seulement des éléments de composition. Ils sont une matière vivante avec laquelle le corps entre en relation. Le dessin devient alors une connaissance par le contact.

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Ce sont des ronds, des lignes, des formes imparfaites.

Je dessine à main levée.

Une main déterminée, parfois fragilisée par des années de travail.

Ma main gauche s’est lentement transformée.
Elle s’est recroquevillée au fil des milliers de dessins.

Ses longs doigts portent la mémoire des gestes qui les ont façonnés.

Lorsque je regarde cette main, j’y reconnais déjà le dessin.
Ses plis, ses empreintes, ses lignes semblent poursuivre leur chemin sur le papier.

Comme si les lignes ne naissaient pas sur la feuille mais dans la peau.

Chaque trait retient une respiration.
Chaque ligne possède son rythme.

Chaque dessin conserve la mémoire d’un corps.

Je pourrais dessiner autrement.
Je pourrais produire des images sans presque jamais toucher la matière.

Mais je perdrais ce qui, pour moi, donne naissance au dessin.

J’ai besoin que ma pensée traverse mes mains.

J’ai besoin de sentir la résistance du papier, la douceur ou la rugosité d’une surface, la pression de la mine, l’infime vibration du trait lorsqu’il rencontre une fibre invisible.

Je ne touche pas seulement au support.
Je touche une présence.

Le papier devient une peau.
Les couleurs possèdent une densité presque physique.

Le dessin a parfois une odeur avant même d’avoir trouvé sa forme.

Mes sens ne travaillent jamais séparément.

Ils se répondent sans cesse.

Je regarde avec mes mains autant que je touche avec mon regard.

Le dessin est peut-être le lieu où ils cessent d’être distincts.

C’est sans doute pour cette raison que je me sens proche de toutes les femmes qui, depuis toujours,

tissent,
cousent,

pétrissent,
portent,

récoltent ou façonnent la matière.

Ce n’est pas leur travail qui me relie à elles.
C’est leur manière d’entrer en relation avec le monde par le contact.

Je pense aussi aux femmes de mon arbre généalogique imaginaire.

Elles marchent silencieusement à mes côtés.

Elles me rappellent que certaines connaissances ne s’écrivent pas.
Elles se transmettent de main en main,

de gestes en gestes,
de présence en présence.

Je sais que mes dessins sembleront inutiles.
Pour moi, ils sont nécessaires.

Ils sont la ma manière de demeurer en contact avec le monde.

La vie sans création ne serait pas une vie privée d’images.
Elle serait une vie privée de toucher.

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