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Le soleil réchauffe lentement l’herbe encore mouillée.
Les gouttes brillent quelques instants avant de disparaître.
Elles ressemblent à des perles,
à de minuscules cristaux suspendus au bord de chaque brin.
La lumière ne les révèle pas d’un seul mouvement.
Elle les approche avec délicatesse.
Le vert occupe presque tout le paysage.
Puis un rose apparaît.
Un violet.
Quelques fleurs suffisent à transformer l’ensemble.
Elles ne rompent pas l’harmonie.
Elles révèlent les relations que le regard n’avait pas encore aperçues.
Une couleur éclaire silencieusement toutes les autres.
Je reste là.
Le matin ne cherche pas à aller plus vite.
Je retrouve mon dessin.
Il repose depuis plusieurs jours.
Le papier est resté immobile.
Le dessin, lui, a continué son chemin.
Les lignes ont poursuivi leur dialogue.
Les couleurs ont déplacé leurs accords.
Quelque chose a mûri sans que ma main intervienne.
Je découvre que le dessin possède sa propre durée.
Il ne grandit pas seulement sous le crayon.
Il mûrit dans les marches.
Dans les matins où j’observe la rosée.
Dans les heures où rien ne semble se produire.
Chaque interruption appartient encore au dessin.
Le temps passé loin de l’atelier ne suspend pas le travail.
Il l’approfondit.
Lorsque je reprends le crayon, je ne retrouve jamais exactement la feuille que j’avais laissée.
Le dessin est allé plus loin que moi.
Ma main rejoint un mouvement qui n’a jamais cessé.
Peut-être est-ce cela, dessiner.
Faire confiance au temps.
Accepter qu’une forme ne puisse apparaître avant d’avoir trouvé sa propre maturité.
Le papier ne conserve pas seulement les traces du crayon.
Il recueille le temps invisible dont le regard avait besoin pour apprendre à voir.
