Il y a du jaune,
du orange,
de l’argenté,
du bleu marine.
Les couleurs ne remplissent pas l’espace.
Elles lui donnent une profondeur.
Elles prennent corps tout en demeurant fluides.
Elles montent,
redescendent,
se propagent,
se répondent.
Rien ne s’emmêle.
Les lignes se croisent sans jamais se perdre.
Chaque couleur semble connaître la place qui lui revient avant même d’apparaître.
En regardant ce mouvement silencieux,
je comprends qu’une image ne naît jamais du hasard.
Elle naît d’un équilibre que je découvre peu à peu.
Lorsque ma mère est partie,
il m’est arrivé de croire que son âme voulait m’emporter avec elle.
Son absence ouvrait un espace immense où la vie paraissait parfois perdre son poids.
Puis quelque chose est resté.
Le dessin.
L’écriture.
Ils ne m’ont pas retenue.
Ils m’ont appris à revenir.
Il reste des mots qui cherchent encore leur phrase.
Des dessins qui ignorent encore la forme qu’ils recevront.
Une oeuvre ne se décide pas.
Elle grandit à mesure que l’on accepte de lui consacrer sa vie.
Au loin, un oiseau demeure seul dans le ciel.
La tempête traverse le paysage.
Lui ne lutte contre rien.
Il ouvre ses ailes et se laisse porter par les courants invisibles.
Pendant quelques instants,
il semble suspendu entre le ciel et la terre,
comme si le vent lui-même devenait un lieu où habiter.
Je reconnais ce mouvement.
Il m’arrive de vivre ainsi.
Comme au sommet d’un mât.
Le vent secoue.
La pluie frappe.
Le monde vacille.
Pourtant quelque chose,
au plus profond de moi,
demeure immobile.
Alors j’ouvre mon carnet.
J’écris.
Puis je dessine.
Je ne sais plus lequel des deux commence.
Les mots prolongent les lignes.
Les lignes poursuivent les mots.
Ils appartiennent désormais au même souffle.
Sous ma main apparaît une forme.
Une rose.
Un coeur.
Une fleur.
Ou peut-être seulement la mémoire d’un vivant qui cherche encore sa manière de demeurer.
Je referme doucement les portes.
L’air est entré.
La pluie commence à tomber.
Mozart ne recouvre pas le silence.
Il l’habite.
Les couleurs poursuivent leur lente métamorphose.
Et je comprends enfin ce que je cherche depuis toutes ces années.
Je ne dessine pas pour retenir ceux qui sont partis.
Je dessine pour apprendre,
malgré leur absence,
à rester du côté de la vie.
