Je suis longtemps demeurée une incompréhension pour moi-même.
L’art m’a donné des armes pour m’affronter.
Il m’a permis d’exister.
De résister.
Face à un corps qui vient de mourir, il n’y a presque rien à comprendre.
Seulement cette certitude.
La disparition est irrévocable.
On ne joue pas à disparaître.
La tempête s’est arrêtée dehors.
À l’intérieur aussi.
Le silence s’installe.
La page blanche m’attend.
La nuit descend lentement.
L’herbe conserve un vert d’une intensité presque irréelle.
Puis revient cette image.
Le visage de ma mère.
Figé par la douleur.
À cet instant, quelque chose s’est définitivement déplacé en moi.
Depuis, une part de mon corps demeure en alerte.
Comme une sentinelle incapable d’abandonner son poste.
On me croit souvent calme.
Je parle peu.
Je pleure rarement.
Mais mes tempêtes n’ont jamais eu besoin de devenir visibles.
Elles traversent le silence.
Le réel s’est fracturé.
Cette fracture ne se voit pas.
Elle habite chacun de mes jours.
Et peut-être est-ce aussi pour cela que je dessine.
Pour donner une forme à ce que personne ne peut voir.
Pour rendre habitable une terre intérieure qui,
sans cela,
resterait à jamais traversée par la même secousse.
