On m’a appris à vivre comme une erreur.
Je ne me pensais pas différente.
Je me pensais défectueuse.
Cette conviction ne venait pas de ma manière d’habiter le monde.
Elle s’était construite dans un environnement où mes réactions, ma sensibilité et ma manière de percevoir semblaient toujours devoir être corrigées.
Très tôt, j’ai appris à observer les autres avant de m’observer moi-même.
À masquer ce qui venait naturellement.
À contrôler mes gestes.
À anticiper les attentes.
À devenir étrangère à mes propres élans.
Le dessin a été le premier lieu où cette vigilance a pu se relâcher.
La feuille ne me demandait pas de me conformer.
Elle accueillait simplement ma manière d’être au monde.
Pendant des années, j’ai pensé que l’autisme expliquait ma souffrance.
Aujourd’hui, je comprends que la blessure venait surtout de la violence relationnelle rencontrée par cette différence.
L’autisme n’abîme pas une personne.
Ce sont l’humiliation, le rejet et la maltraitance qui peuvent profondément la blesser.
Pour continuer à vivre, j’ai développé une attention extrême aux gestes, aux silences, aux contradictions et aux injustices.
Ce qui avait commencé comme une stratégie de survie est devenu une manière de connaître.
Peut-être est-ce aussi l’origine de Dessiner l’attention.
Je ne cherche plus à réparer une personne défectueuse.
Je cherche à reconnaître que, depuis le commencement, rien d’essentiel en moi n’avait
jamais eu besoin d’être réparé.
