J’ai retrouvé les couleurs comme j’ai retrouvé une identité longtemps étouffée.
Le framboise éclaire le prune.
Le rose clair répond au framboise.
Chaque couleur transforme silencieusement la présence des autres.
La forme provoque le fond.
Je remets la symphonie n°25 de Mozart.
Encore.
Puis encore.
La musique revient avec la régularité d’un coeur.
Sa répétition ne m’enferme pas.
Elle ouvre un espace où mon geste trouve peu à peu son propre rythme.
Je vais au dessin comme certains vont à la prière.
J’y cherche la rondeur et la douceur que le monde ne garantit jamais.
Des points deviennent des bulles.
Les bulles deviennent une écriture.
Ma main ne s’arrête plus.
Elle ne rattrape pas un retard.
Elle retrouve un territoire qu’elle n’avait jamais complètement quitté.
Mes dessins sur ces petits morceaux de papier sont devenus des refuges.
Mes alphabets symboliques sont des talismans de survivance.
Ils portent une histoire sans avoir besoin de la raconter.
Toute mon existence s’est lentement déposée dans ces matières colorées.
Mon désir de vivre s’y tient encore.
Et peut-être est-ce cela que je dessine depuis le commencement :
non des images,
mais un lieu intérieur où la vie peut continuer à se reconnaître.
