Paris, le 2 juillet 2026 — Les images de bâtiments éventrés à Caracas, La Guaira ou Catia La Mar ont bouleversé le monde. Au 30 juin, les autorités faisaient état de 1 943 morts, 10 571 blessés et de dizaines de milliers de personnes encore non localisées ou difficiles à joindre en raison de la désorganisation des communications. Depuis, le bilan continue d’évoluer, confirmant l’ampleur d’un désastre qui frappe un pays déjà profondément fragilisé.
Mais derrière les chiffres, une autre urgence apparaît. Moins spectaculaire que les sauvetages dans les décombres. Moins visible que les images de béton pulvérisé. Elle concerne les enfants. Selon l’UNICEF, 680 000 enfants auraient aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire après les séismes. Cela signifie de l’eau, de la nourriture, des soins, mais aussi de la protection, du soutien psychologique, des espaces sûrs et la possibilité, un jour, de retourner à l’école.
Un enfant qui a survécu n’est pas forcément un enfant sauvé. C’est peut-être la phrase la plus difficile à entendre, mais c’est aussi la plus juste. Dans les abris surpeuplés, dans les écoles réquisitionnées, dans les familles dispersées, les enfants restent exposés à tout ce que la catastrophe produit après coup : peur des répliques, promiscuité, manque d’hygiène, risques de violences, disparition des routines, absence de sommeil, anxiété, perte d’un proche, perte d’un toit, perte d’un monde.
L’eau potable devient l’une des premières batailles. Quand les réseaux d’eau et d’assainissement sont touchés, la catastrophe sanitaire suit la catastrophe sismique. Les enfants sont les premiers menacés par les maladies, la déshydratation, les infections et la dégradation des conditions de vie. Dans un pays où le système de santé était déjà sous tension, la moindre rupture devient une menace collective.
L’abri est l’autre urgence. Dormir quelque part ne suffit pas. Encore faut-il dormir en sécurité. Dans les centres collectifs, la surpopulation expose les plus vulnérables, notamment les filles, à des risques de violences, d’exploitation ou d’abus. Les humanitaires le savent : après un séisme, protéger les enfants ne consiste pas seulement à leur donner une couverture. Il faut les identifier, les accompagner, repérer ceux qui sont seuls, ceux qui ont perdu leurs papiers, ceux qui ne retrouvent plus leurs parents.
Le traumatisme, lui, ne se voit presque pas. Il se loge dans le silence, dans les cauchemars, dans les pleurs soudains, dans l’impossibilité de manger ou de dormir normalement. Les répliques entretiennent la peur. Chaque bruit peut rappeler l’effondrement. Chaque mouvement du sol peut ranimer la panique. Un enfant peut sortir vivant d’un immeuble détruit et rester prisonnier intérieurement de ce qu’il a vu.
Sur le terrain, World Vision indique avoir déjà soutenu plus de 520 familles par la distribution de kits d’hygiène, de paniers alimentaires et d’une aide de première nécessité. L’organisation intervient notamment dans les zones de Caracas, Miranda, La Guaira, Aragua, Carabobo, Falcón et Yaracuy. À Caracas, 320 familles hébergées dans les refuges du Panthéon National et de San Bernardino ont reçu une assistance. Une cuisine communautaire à Santa Cruz del Este doit permettre de fournir 300 repas par jour pendant un mois.
World Vision a également mis en place des espaces amis des enfants, destinés à offrir un premier soutien psychologique et à orienter les enfants dépourvus de documents d’identité. L’organisation prévoit de renforcer son intervention à Catia La Mar, dans l’État de La Guaira, avec l’objectif d’aider 400 familles supplémentaires et d’ouvrir deux nouveaux espaces sûrs pour les enfants.
Cette catastrophe frappe un Venezuela déjà affaibli par des années de crise sociale, économique et sanitaire. Avant même les séismes, une partie importante de la population avait besoin d’aide humanitaire. Les familles touchées aujourd’hui ne partaient pas de zéro : beaucoup vivaient déjà dans la précarité, avec un accès limité aux soins, à l’alimentation, à l’eau ou à une scolarité stable. Le séisme n’a donc pas seulement détruit des bâtiments. Il a brisé des équilibres déjà fragiles.
La mobilisation internationale a permis l’arrivée de secouristes, d’équipes médicales et d’aide d’urgence. Mais la réponse ne peut pas se limiter aux premières heures. Les 72 premières heures sauvent des vies. Les semaines suivantes empêchent que les survivants soient abandonnés à une seconde catastrophe : celle de l’oubli, des maladies, des violences, du traumatisme et de la déscolarisation.
Au Venezuela, l’urgence humanitaire change de visage. Elle n’est plus seulement sous les gravats. Elle est dans les abris, dans les regards d’enfants qui ne comprennent pas encore ce qu’ils ont perdu, dans les familles qui cherchent un proche, dans les écoles fermées, dans les rues où l’eau manque, dans les nuits traversées par la peur des répliques.
Après les secousses, il faut reconstruire. Mais avant de reconstruire les murs, il faut protéger les enfants. Leur donner à boire. Leur rendre un lieu sûr. Leur rendre une présence adulte. Leur rendre une école. Leur rendre, autant que possible, cette part de normalité sans laquelle l’enfance devient une survie.
Car une catastrophe ne se mesure jamais seulement au nombre de morts. Elle se mesure aussi à ce qu’elle menace de voler aux vivants.
