Vu de la terre, c’est une planète.
Vu du ciel, une fleur.
Je suis l’oiseau qui traverse l’atmosphère.
Je suis la chenille qui avance sur la matière.
Je passe ma vie à changer d’échelle.
Puis je prends une feuille entre mes mains.
J’aime sa fragilité.
Sa légèreté.
Le souffle qu’elle produit lorsqu’elle se tourne.
À peine mes doigts la rencontrent-ils qu’une saveur apparaît.
La pâte d’amande.
Le papier devient une hostie.
Je n’ai rien décidé.
Mon corps le sait avant moi.
Alors l’atelier change de nature.
Il devient un lieu où le silence suffit.
La page blanche n’est plus vide.
Elle attend avec une patience que je ne possède pas encore.
Je m’assois.
Je dessine.
Je ne prie personne.
Et pourtant, chaque trait possède la lenteur d’une prière.
Le temps cesse de se compter.
Il devient un battement.
Un souffle.
Une cadence qui passe du corps à la main.
Je dessine jusqu’à ne plus savoir si c’est le temps qui accompagne le dessin,
ou le dessin qui apprend au temps une autre manière de respirer.
