L’hiver approche.
Je le sens avant même d’en voir les signes.
L’air devient plus vif.
Les jours raccourcissent.
La lumière se retire un peu plus tôt.
Une saison s’efface pendant qu’une autre s’installe.
Mon corps s’accorde lentement à ce changement.
Je marche.
Le vent traverse mes vêtements.
Le froid atteint ma peau.
Chaque souffle rappelle que je fais partie de ce qui respire.
Tout demeure intensément sensible.
Je n’entre pas dans un paysage.
J’entre dans une présence.
Rien ne m’y attend.
Rien ne m’y interroge.
Rien ne cherche à me mesurer.
L’attention cesse de se disperser.
Elle retrouve un seul mouvement.
Je cherche la lumière.
L’hiver ne l’efface pas.
Il la rend plus discrète.
Un reflet sur une écorce humide.
Une trouée entre deux nuages.
Une herbe qui retient encore un peu du jour.
Lorsqu’elle devient rare, chaque nuance prend davantage de valeur.
Un arbre pousse.
Le vent souffle.
L’eau suit sa pente.
Les oiseaux traversent le ciel.
Aucun d’eux n’a besoin de justifier sa manière d’être.
Le vivant ne se raconte pas.
Il persévère.
Alors je regarde.
Les nuages qui changent de forme.
Les mousses qui avancent lentement sur une pierre.
L’eau qui polit une rive.
Les herbes qui s’inclinent sous le vent avant de se redresser.
Je n’ai rien à produire.
Rien à démontrer.
La présence suffit.
Parfois, je me sens plus proche du vivant que des habitudes humaines.
Non parce que je m’éloigne des autres.
Parce qu’ici, l’existence ne dépend ni d’un rôle, ni d’un discours, ni d’une performance.
Elle est simplement là.
Je pourrais rester longtemps parmi les arbres.
Je sais pourtant que l’équilibre ne se trouve pas dans le retrait.
Il se construit entre les chemins, les rues, les ateliers, les rencontres et ces espaces où tout recommence à respirer.
Lorsque je repars, je n’emporte ni réponse ni certitude.
J’emporte un rythme.
Une qualité de présence.
Une manière d’habiter le monde qui demande moins d’efforts pour exister.
