La musculation et le dessin semblent n’avoir aucun rapport.
L’une sollicite la force.
L’autre la précision du regard.
L’une impose le poids.
L’autre laisse la main suivre ce qui se présente.
Pourtant, elles déplacent toutes deux mon attention.
Lorsque je pratique la musculation, mon regard se tourne vers l’intérieur.
Le coeur accélère.
Le souffle se raccourcit.
Les muscles brûlent.
La charge devient plus lourde.
Je ferme parfois les yeux.
Les images continuent.
Je vois les os soutenir le mouvement.
Les tendons guider les trajectoires.
Les muscles se contracter, se relâcher, se reconstruire.
Je parcours intérieurement cette architecture vivante.
Je ne regarde pas seulement mon corps.
Je l’habite.
Je suis celle qui soulève la charge.
Je suis aussi celle qui observe le mouvement, corrige un appui, ajuste une trajectoire.
Le corps devient un paysage intérieur.
Puis je dessine.
Alors l’attention change de lieu.
Elle quitte mon corps.
Elle se dépose dans les couleurs.
Dans les lignes.
Dans les matières.
Dans les relations qui se tissent entre les formes.
Je cesse presque de sentir mon poids.
Le temps devient poreux.
La fatigue disparaît.
Le corps se tait.
Lorsque je relève la tête, il revient d’un seul coup.
Les épaules.
La nuque.
Le dos.
Les heures passées dans une même position.
Le dessin m’avait éloignée de lui.
La musculation m’y ramène.
Ces deux pratiques ne s’opposent pas.
Elles déplacent mon attention.
L’une me fait entrer dans l’épaisseur du corps.
L’autre me laisse traverser le monde jusqu’à en oublier cette enveloppe que j’habite.
J’ai besoin des deux.
L’une m’ancre.
L’autre m’ouvre.
Entre elles circule une même manière d’être présente.
Je ne cherche pas à choisir entre le corps et le monde.
J’apprends à laisser mon attention trouver, selon les jours, le lieu juste où demeurer.
