J’ouvre les volets.
L’air frais entre.
Je m’habille.
Je prépare un café.
Un thé.
J’organise mes repas.
Chaque détail prépare le suivant.
Je médite.
Je respire.
J’assouplis chaque articulation.
Je construis, jour après jour, un corps capable de porter une journée.
Puis je marche.
Longtemps.
Le paysage travaille avant moi.
Je n’emporte rien.
Pourtant, quelque chose revient toujours avec moi.
Des couleurs.
Des matières.
Des rythmes.
Des silences.
Je lis quelques pages.
Jamais un seul livre.
Plusieurs.
Comme on entretient plusieurs conversations à la fois.
Puis le corps cède.
Je dors quelques instants.
Une fatigue pleine.
Une fatigue qui prépare.
Je prends une douche froide.
Quelque chose se remet en mouvement.
Alors seulement je m’assieds devant la page.
On pourrait croire que tout commence ici.
En réalité,
tout est déjà commencé depuis des heures.
La page blanche ne reçoit pas une idée.
Elle reçoit une respiration.
Une marche.
Des lectures.
Des arbres.
Un corps.
Une journée entière.
Tout ce qui, silencieusement,
l’a préparée.
Le dessin ne commence peut-être jamais lorsque la mine touche le papier.
Il commence bien avant.
Dans une respiration.
Dans un pas.
Dans une lumière traversée.
Dans une discipline qui ne produit encore rien,
mais rend déjà tout possible.
