Je passe du dessin à l’écriture.
De l’écriture au dessin.
Je parle de choses semblables avec des outils différents.
Je ne change pas de pratique.
Je demeure dans un même mouvement.
Mon dessin a séché.
Je le retrouve.
Le temps a travaillé avec lui.
Avant de reprendre, je range.
J’essuie.
Je rassemble quelques outils.
Je retire ce qui disperse l’attention.
Ces gestes ne préparent pas le dessin.
Ils me préparent à la rencontre.
Peu à peu, quelque chose s’accorde.
Le souffle.
Le regard.
Le corps.
L’espace.
Je ne cherche pas le silence.
Je cherche une qualité de présence.
Alors je peux être là.
Vraiment.
Je peux dessiner devant une table.
Dans un train.
Sous un arbre.
Dans une chambre.
Sur un carnet posé sur mes genoux.
Le lieu change.
L’attention demeure.
Peut-être est-cela que j’appelle atelier.
Non pas un lieu.
Une manière d’habiter le monde.
Un verbe qui se conjugue partout où la vie recommence à circuler.
Le dessin repose d’un côté.
Le cahier de l’autre.
Je passe de l’un à l’autre sans quitter la même respiration.
La pluie s’est arrêtée.
La clarté circule autrement.
Le rose s’avance.
Le vert approfondit le silence.
L’orange rapproche des présences.
Le violet transforme discrètement les relations entre toutes les autres couleurs.
Je ne regarde pas une couleur.
Je regarde ce qu’elle met en mouvement.
Je sens une laine contre ma peau.
Sa douceur possède une odeur.
Son odeur possède une température.
Sa température possède une mémoire.
Les sens ne se succèdent pas.
Ils respirent ensemble.
Le monde ne m’arrive pas par fragments.
Il me rejoint dans une même continuité.
Une feuille suffit.
Parfois un carnet.
Parfois un simple stylo.
Je n’ai jamais attendu une toile pour dessiner.
Pas davantage qu’il me faut un lieu particulier pour respirer.
Le support accueille.
Il ne décide pas.
Créer n’est peut-être pas ajouter quelque chose au monde.
Créer consiste à devenir assez disponible pour reconnaître ce qui est déjà en train d’advenir.
Je ne poursuis pas une idée.
Je poursuis une rencontre.
Je ne cherche pas une oeuvre.
Je cherche une justesse.
Le dessin reprend.
L’écriture aussi.
Je passe de l’un à l’autre comme le souffle passe de l’inspiration à l’expiration.
Le même mouvement.
Sous une autre forme.
Peut-être est-ce cela que je cherche depuis toujours.
Non pas apprendre à dessiner.
Ni même apprendre à écrire.
Mais apprendre à habiter plus consciemment le mouvement du vivant.
Et, chaque jour, recommencer.
