Je m’assois devant une feuille blanche.
Je reste un instant sans rien faire.
Ce temps n’est pas une hésitation.
C’est une manière d’arriver.
Le vent souffle encore quelque part.
La pluie poursuit ses cercles.
Les gris continuent leur lente conversation avec les bleus.
Quelque chose est déjà en mouvement.
Je ne viens pas le provoquer.
Je viens le rejoindre.
Longtemps, j’ai cru que dessiner consistait à faire apparaître une forme.
Aujourd’hui, je cherche d’abord l’instant où une forme commence à se laisser reconnaître.
Un équilibre qui n’en est pas encore un.
Une couleur qui ignore encore ce qu’elle deviendra auprès d’une autre.
Une ligne qui cherche son souffle.
C’est là que je me sens chez moi.
Non pas parce que le lieu m’appartiendrait.
Mais parce que je le reconnais.
Je reconnais comme familier ce que beaucoup traversent sans s’y arrêter.
Le temps suspendu d’une rencontre.
Le silence avant qu’un mot ne s’impose.
L’espace où deux couleurs commencent à se transformer l’une l’autre.
Le dessin m’a appris que ces passages ne demandent rien.
Seulement une présence.
Une patience.
Une fidélité.
Je ne cherche plus à produire une image.
Je cherche à demeurer assez longtemps auprès de ce qui hésite pour l’accompagner sans le contraindre.
Je n’habite pas un résultat.
J’habite une naissance.
Le dessin n’est pas un refuge.
Il est le lieu où cette manière d’être au monde devient enfin visible.
Je ne cherche pas un endroit où vivre.
Je cherche une manière d’être présente.
Et, certains jours,
il me semble que le monde m’accueille précisément là où il n’a pas encore fini de naître.
