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Venezuela : quand la terre tremble, c’est tout un pays déjà fissuré qui vacille

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Venezuela : quand la terre tremble, c'est tout un pays déjà fissuré qui vacille

Il y a des catastrophes naturelles qui ne frappent jamais seulement les murs. Elles frappent aussi ce que les murs cachaient. Au Venezuela, deux puissants séismes ont secoué le pays le 24 juin 2026, à quelques secondes d’intervalle, comme si la terre elle-même avait bégayé dans la violence. Une première secousse de magnitude 7,2, puis une seconde de magnitude 7,5, plus forte encore, ont touché le nord du pays, à l’ouest de Caracas. En quelques instants, des immeubles ont vacillé, des façades se sont ouvertes, des plafonds sont tombés, des familles sont descendues dans la rue, et la peur a pris cette forme très simple : ne plus savoir si le sol sous ses pieds est encore un endroit fiable.

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Le bilan, encore provisoire, est déjà lourd : au moins 164 morts, près de 1 000 blessés, des personnes coincées sous les décombres, des quartiers éventrés, des hôpitaux sous pression, des communications coupées ou perturbées, des habitants qui cherchent des proches, des sauveteurs qui travaillent dans l’urgence, et cette angoisse particulière des répliques, quand le tremblement principal est passé mais que personne n’ose vraiment rentrer chez soi. Caracas, La Guaira et plusieurs zones du littoral caribéen ont été durement touchées. L’aéroport international Simón-Bolívar a subi des dégâts. L’état d’urgence a été déclaré. Les écoles ont été fermées. Les secours ont été mobilisés. Et, comme toujours dans ces moments-là, les chiffres courent derrière la réalité.

Un séisme n’est jamais démocratique dans ses conséquences. La secousse frappe tout le monde, mais elle ne détruit pas tout le monde de la même manière. Elle révèle la solidité des bâtiments, l’état des secours, la pauvreté des infrastructures, la qualité des logements, la capacité d’un pays à protéger les siens avant même que la catastrophe arrive. Dans un pays déjà épuisé par les crises politiques, économiques et sociales, la terre ne fait pas qu’ouvrir des failles géologiques. Elle ouvre aussi des failles humaines. Elle montre ce qui était fragile, négligé, usé, abandonné, rafistolé. Elle rappelle brutalement que la prévention n’est pas un luxe administratif mais une question de vie ou de mort.

Le Venezuela se trouve dans une zone sismique connue. Ce n’est donc pas l’impossible qui arrive, mais le redouté. Pourtant, entre savoir qu’un risque existe et construire une société capable d’y répondre, il y a tout l’espace de la responsabilité publique. On peut accuser la nature de trembler. On ne peut pas lui faire porter seule le poids des immeubles mal préparés, des secours insuffisants, des populations vulnérables, des villes trop peu protégées. Le désastre commence souvent bien avant la secousse : dans les permis accordés trop vite, les normes oubliées, les budgets détournés, les alertes ignorées, les quartiers populaires laissés à eux-mêmes.

Il faut aussi se méfier du spectacle de la catastrophe. Les images d’immeubles effondrés, de poussière, de cris, de corps extraits des gravats, circulent vite. Trop vite parfois. Elles bouleversent, puis disparaissent sous une autre actualité. Mais derrière chaque bilan, il y a des noms, des chambres, des cuisines, des enfants, des vieux, des voisins, des rendez-vous qui n’auront pas lieu. Un séisme transforme en quelques secondes la vie ordinaire en ruine historique. Il suffit d’une table qui glisse, d’un plafond qui craque, d’un escalier qui cède, pour que le monde familier devienne étranger.

La solidarité internationale s’organise, et elle sera nécessaire. Mais l’aide d’urgence ne remplacera jamais la reconstruction profonde. Il faudra dégager, soigner, reloger, sécuriser, reconstruire. Il faudra surtout ne pas oublier. Car le vrai scandale, après chaque tremblement de terre, n’est pas seulement que la terre ait tremblé. Le vrai scandale serait que, lorsque la poussière retombera, les mêmes vulnérabilités restent en place, prêtes à tuer de nouveau.

Le Venezuela pleure aujourd’hui ses morts et compte ses blessés. Mais ce séisme dit quelque chose de plus vaste que le Venezuela. Il parle de notre époque entière, de ces sociétés qui savent calculer les risques mais préfèrent souvent attendre le drame pour les regarder en face. La terre a tremblé. Maintenant, c’est aux responsables de ne pas trembler devant leurs responsabilités.

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