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Mélenchonomics : et si l’économie redevenait une affaire de peuple ?

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Mélenchonomics : et si l'économie redevenait une affaire de peuple ?

Il y a des mots qui sentent immédiatement la bataille politique. Mélenchonomics en fait partie. Le terme peut agacer, séduire, faire sourire ou faire fuir selon l’endroit d’où l’on regarde. Mais il a au moins une qualité : il dit clairement que l’économie n’est pas une science neutre tombée du ciel, mais un choix de société, donc un rapport de force. Dans son livre à paraître le 26 août 2026 aux Liens qui Libèrent, Éric Berr, maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux et co-responsable du département économie de l’Institut La Boétie, propose de penser les Mélenchonomics comme l’exact contrepoint des Reaganomics, cette matrice néolibérale des années 1980 qui a installé partout ou presque la même petite musique : moins d’État, moins d’impôts pour les plus riches, plus de marché, plus de finance, plus de concurrence, et tant pis pour les dégâts humains.

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L’intérêt du livre, si l’on en croit son propos, n’est pas seulement de défendre un programme politique. Il est de rappeler une chose presque oubliée : une économie peut être pensée autrement que comme une fatalité. Depuis quarante ans, le néolibéralisme s’est présenté comme le réel lui-même. Il ne disait pas : « voilà notre idéologie ». Il disait : « il n’y a pas d’alternative ». C’est précisément cette phrase que les Mélenchonomics cherchent à renverser. Face à la quadruple crise économique, sociale, écologique et politique, Éric Berr défend l’idée qu’un autre monde économique n’est pas une rêverie de colloque, mais une nécessité concrète, presque une question de survie démocratique.

Le mot est évidemment risqué. Accoler une théorie économique au nom de Jean-Luc Mélenchon, c’est prendre le risque de réduire une réflexion collective à une figure politique clivante. C’est même le point faible apparent de l’opération : beaucoup liront le titre avant de lire l’idée. Pourtant, c’est aussi sa force. Les Reaganomics portaient le nom d’un président américain, mais elles ont structuré bien plus qu’une présidence : elles ont façonné une époque. Les Mélenchonomics prétendent donc faire la même chose à l’envers : non pas idolâtrer un homme, mais nommer une bifurcation. Une économie où la planification écologique, la redistribution, les services publics, la souveraineté populaire et la dignité sociale ne seraient plus des variables d’ajustement, mais les fondations mêmes du système.

Ce que le livre semble poser frontalement, c’est la grande question que la politique française évite souvent sous des tonnes de communication : à qui sert l’économie ? Sert-elle à rassurer les marchés, à protéger les patrimoines déjà constitués, à maintenir les privilèges sous couvert de sérieux budgétaire ? Ou doit-elle permettre de loger, nourrir, soigner, éduquer, transporter, réparer, préserver ? Derrière le débat technique sur la dette, les déficits ou la fiscalité, il y a une question beaucoup plus brutale : quelle vie voulons-nous rendre possible pour le plus grand nombre ?
On peut ne pas être insoumis, ne pas partager toute la stratégie de La France insoumise, contester certains angles du programme L’avenir en commun, et reconnaître malgré tout que cette discussion est indispensable. Car le néolibéralisme a gagné aussi parce qu’il a réussi à faire passer ses adversaires pour des rêveurs irresponsables, pendant que lui-même organisait très concrètement l’explosion des inégalités, l’affaiblissement des protections collectives, la marchandisation de secteurs entiers de l’existence et l’épuisement du vivant. Le sérieux n’est pas toujours du côté de ceux qui parlent bas en costume gris. Il peut être du côté de ceux qui acceptent enfin de regarder le désastre en face.

Les Mélenchonomics ne seront pas jugées seulement sur leur élégance théorique. Elles le seront sur leur capacité à convaincre au-delà du cercle militant. C’est là que tout se joue. Une alternative économique ne devient puissante que lorsqu’elle cesse d’être une langue d’experts pour devenir une évidence populaire. Le livre d’Éric Berr semble vouloir occuper cet espace : rendre lisible une cohérence, donner des outils, transformer un programme en vision du monde. Non pas promettre le paradis, mais refuser l’enfer administré comme horizon raisonnable.

Le plus intéressant, au fond, n’est peut-être pas de savoir si le mot Mélenchonomics survivra. Les mots politiques naissent, brûlent, disparaissent ou s’installent. Le plus important est ailleurs : dans le retour d’une idée simple et dangereuse pour l’ordre établi. L’économie n’est pas condamnée à être la police du possible. Elle peut redevenir l’art d’organiser la justice, la décence commune et l’avenir. Et rien que pour cela, ce livre mérite d’être lu autrement que comme un objet partisan : comme un symptôme, peut-être, d’un moment où l’ancien monde commence à manquer sérieusement d’arguments.

" Mélenchonomics ", Éric Berr. En librairie le 26 août

https://www.editionslesliensquiliberent.fr

Éric Berr est maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux et co-responsable du département d’économie de l’Institut La Boétie. Il est l’auteur de L’intégrisme économique (Les Liens qui Libèrent, 2017).

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