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Sacha Goldberger à Arles 2026 : Roswell, solitude et amour extraterrestre

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Sacha Goldberger à Arles 2026 : Roswell, solitude et amour extraterrestre

Ce qui est bien avec les extraterrestres, c’est qu’ils permettent parfois de parler des humains sans leur faire la leçon. Avec Sacha Goldberger, Roswell n’est pas seulement une vieille affaire américaine pleine de soucoupes volantes, de militaires nerveux et de fantasmes paranoïaques. C’est un décor mental. Un théâtre de la solitude.

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Une manière drôle, étrange et très élégante de dire que chacun de nous, à un moment ou à un autre, s’est déjà senti débarqué sur une planète qui n’était pas tout à fait la sienne.

À l’occasion des Rencontres Photographiques d’Arles 2026, le photographe expose ses séries Extra not so terrestre et I Want to Believe dans le cadre de l’exposition Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres, présentée du 6 juillet au 4 octobre 2026 à l’espace Croisière. Quatre œuvres y seront particulièrement mises en valeur, dont deux formats 90 x 120 cm et deux très grands formats, de 2,50 x 3 mètres et de 3 x 4 mètres. Autant dire que l’alien ne sera pas un détail dans le décor.

Réunies sous le volet Alien Love, ces deux séries revisitant le mythe de Roswell ne se contentent pas de jouer avec le folklore ufologique. Chez Goldberger, l’extraterrestre n’est jamais seulement une créature venue d’ailleurs. Il est une figure de l’écart, du décalage, de la solitude humaine. Il est celui qui débarque dans un monde dont il ne possède pas les codes. Celui que l’on regarde trop vite comme un monstre, alors qu’il n’est peut-être qu’un être perdu, désirant, maladroit, cherchant simplement une place dans un décor qui ne l’attendait pas.

Extra not so terrestre reprend les signes familiers de la science-fiction américaine, les années 50, les diners, le désert, les soucoupes improbables, les silhouettes féminines, les situations absurdes. Mais derrière la farce visuelle, quelque chose de plus grave travaille. La série parle de différence, de solitude, de cette impossibilité parfois douloureuse d’être compris même par ceux qui vous connaissent. Nous sommes tous l’étranger de quelqu’un. Et parfois, plus cruellement encore, nous sommes étrangers au milieu des nôtres.

C’est là que l’humour de Sacha Goldberger devient précieux. Il n’est pas décoratif. Il n’est pas là pour alléger artificiellement le sujet. Il permet au contraire d’approcher une blessure sans l’écraser sous le sérieux. Ses extraterrestres ont quelque chose de burlesque, bien sûr, mais aussi de profondément mélancolique. Ils cherchent une rencontre, une chaleur, une complicité, une preuve que l’on peut encore appartenir à quelque chose, même quand on ne ressemble pas exactement aux autres.

La citation d’Orson Welles trouve ici une résonance évidente : « On naît seul, on vit seul, on meurt seul. C’est uniquement à travers l’amour et l’amitié que l’on peut créer l’illusion momentanée que nous ne sommes pas seuls. » Toute l’œuvre semble tenir dans cette tension. Nous sommes seuls, oui, mais nous passons notre vie à inventer des liens pour démentir cette évidence. L’alien de Goldberger n’est pas seulement un personnage bizarre posé dans une image spectaculaire. Il est notre double. Il porte notre désir d’être reconnu, aimé, rejoint.

Avec I Want to Believe, le désir d’évasion devient encore plus net. Le titre convoque évidemment toute une culture du soupçon, de l’attente, du signe venu du ciel. Mais Goldberger déplace la question. Il ne s’agit pas seulement de croire aux extraterrestres. Il s’agit de vouloir croire qu’une sortie existe. Une issue. Un moyen de partir, de bouger, de glisser ailleurs, d’échapper à sa condition, à son immobilité. Le surf et le skate deviennent alors des trompe-l’œil mélancoliques, des promesses de mouvement dans un monde asséché. On rêve de glisse là où il n’y a plus d’eau. On rêve de départ là où tout semble arrêté.

On retrouve dans cette série les codes du western que Goldberger affectionne particulièrement : le désert, l’attente, la confrontation, la ligne de partage entre le bien et le mal. Mais, là encore, rien n’est simplement binaire. Le bon et le mauvais Roswell sont peut-être le même. Comme chez chacun de nous. L’extraterrestre porte sa propre dualité, son conflit intérieur, sa part de tendresse et de violence. L’assassinat du cactus, dans une veine presque tarantinesque, ajoute une dimension burlesque et cruelle. On rit, mais d’un rire un peu inquiet, parce qu’on comprend que cette scène absurde parle aussi de filiation, de perte, de désir de rupture, peut-être même de la mort symbolique du père.

Ce qui frappe chez Sacha Goldberger, c’est cette manière de construire des images comme des scènes de cinéma qui n’existerait pas encore. Ses photographies ne ressemblent pas à de simples photographies mises en scène. Elles ont l’épaisseur d’un film interrompu. On a l’impression d’arriver au milieu d’une histoire, trop tard pour comprendre le début, trop tôt pour connaître la fin. Les personnages ont déjà vécu quelque chose. Les décors gardent la trace d’un événement. L’image ne donne pas tout. Elle laisse au spectateur le travail délicieux d’inventer le hors-champ.

Le choix de l’argentique et d’un papier vintage aujourd’hui disparu renforce cette impression de temps déplacé. Goldberger ne fabrique pas seulement une nostalgie des années 50. Il fabrique une fausse mémoire collective, un souvenir que nous n’avons jamais eu mais que nous reconnaissons pourtant. C’est peut-être là sa force : il emprunte aux mythologies populaires, au western, à la science-fiction, à Tarantino, à Roswell, aux séries américaines, mais il en fait autre chose qu’un jeu de références. Il transforme cette culture commune en théâtre intime.

Dans le cadre de Nous ne sommes pas seuls, ces images trouvent naturellement leur place. L’exposition explore l’imaginaire visuel des mondes extraterrestres, là où se mêlent fiction et réalité, science et croyance, archives et œuvres contemporaines. Les extraterrestres nous fascinent peut-être moins parce qu’ils viendraient d’une autre planète que parce qu’ils nous obligent à regarder la nôtre autrement. Ils révèlent nos peurs, nos fantasmes, notre besoin de signes, notre désir de ne pas être seuls dans l’immensité.

Sacha Goldberger apporte à ce parcours une dimension profondément humaine. Ses aliens ne sont pas seulement des figures fantastiques. Ils sont les personnages d’une comédie triste sur le lien. Ils incarnent cette part de nous qui voudrait croire, aimer, partir, revenir, appartenir quelque part. À Arles, en très grand format, ils auront sans doute l’air encore plus seuls, encore plus drôles, encore plus proches. Et c’est peut-être cela, le paradoxe magnifique de cette œuvre : plus elle parle d’extraterrestres, plus elle parle de nous.

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