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Affaire Lyhanna : pourquoi le retour de la peine de mort est une fausse réponse à l’horreur

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Affaire Lyhanna : pourquoi le retour de la peine de mort est une fausse réponse à l'horreur

À chaque fait divers tragique, surtout lorsqu’il touche un enfant, la même mécanique revient. L’horreur surgit, la sidération envahit l’espace public, les visages des victimes deviennent ceux de nos propres enfants, de nos propres familles, et très vite une partie du pays réclame ce qu’elle croit être la seule réponse à la hauteur du crime : le retour de la peine de mort. L’affaire Lyhanna n’échappe pas à cette règle terrible. Une enfant meurt, la France s’effondre quelques heures dans sa colère, puis les extrêmes, mais aussi une partie du peuple blessé, demandent une justice de sang. On peut comprendre l’émotion.

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On peut comprendre la rage. On peut même comprendre cette pulsion archaïque qui consiste à vouloir faire disparaître définitivement celui que l’on désigne comme le monstre. Mais comprendre cette pulsion ne veut pas dire lui obéir.
Le problème, c’est que la justice ne peut pas être écrite à chaud, dans les larmes, dans la colère, dans le bruit des réseaux sociaux et sous la pression d’une foule traumatisée. Une démocratie digne de ce nom ne juge pas comme une famille endeuillée.

Elle juge précisément parce qu’elle doit résister à ce que la douleur exige dans l’instant. C’est même cela, la civilisation judiciaire : remplacer la vengeance par le droit, la pulsion par la procédure, le lynchage symbolique par une peine pensée, contrôlée, encadrée. La peine de mort donne l’impression d’une réponse absolue. En réalité, elle est surtout une réponse spectaculaire. Elle promet une réparation qu’elle ne donnera jamais. Elle ne rend pas l’enfant. Elle ne répare pas les parents. Elle ne protège pas mieux si, en amont, la police, la justice, les services sociaux ou psychiatriques n’ont pas fait leur travail.

Dans l’affaire Lyhanna, la vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut tuer le coupable une fois l’irréparable commis. La vraie question est de savoir pourquoi l’irréparable a pu arriver. Pourquoi des alertes n’ont pas suffi. Pourquoi des plaintes, des soupçons, des signaux, des comportements inquiétants, n’ont pas entraîné une protection plus forte.

C’est là que se trouve le scandale. Pas dans l’absence de guillotine. Dans l’absence de prévention efficace. Dans l’absence de moyens. Dans les lenteurs. Dans les dossiers qui s’empilent. Dans les victimes qu’on n’écoute pas assez. Dans les enfants que l’on ne croit pas assez vite. Demander la peine de mort permet parfois d’éviter cette question beaucoup plus dérangeante : comment une société laisse-t-elle encore des prédateurs circuler alors que des signaux existaient ?
La peine de mort a un avantage politique : elle est simple à brandir. Elle tient en une phrase. Elle flatte l’instinct.

Elle donne l’impression de parler vrai, dur, fort. Mais elle ne dit rien des tribunaux saturés, des enquêtes mal suivies, des expertises trop tardives, des services de protection de l’enfance épuisés, des magistrats débordés, des victimes qui attendent des mois ou des années. Elle transforme une faillite collective en fantasme de punition finale. C’est confortable pour les démagogues, parce qu’ils n’ont plus besoin de parler budget, formation, suivi des délinquants sexuels, échange d’informations, contrôle judiciaire, injonction de soins, fichiers, prévention, éducation, police de proximité, protection des mineurs. Il suffit de dire : “Il faut les exécuter.” Et la foule applaudit, parce que la foule souffre.

Mais un pays ne se grandit pas en imitant la violence qu’il condamne. Un État n’est pas un père vengeur. Il n’a pas à tuer pour prouver qu’il protège. Il doit empêcher, juger, condamner, enfermer si nécessaire pour très longtemps, surveiller, réparer autant que possible, et surtout apprendre de ses erreurs. La perpétuité réelle, le suivi judiciaire, la sûreté, la prévention des récidives, la prise au sérieux des plaintes, le renforcement des moyens de la justice et de la protection de l’enfance sont des sujets moins spectaculaires que la peine de mort. Mais ce sont eux qui peuvent sauver des vies. La guillotine, elle, arrive toujours trop tard.

Il faut donc avoir le courage de dire deux choses à la fois. Oui, certains crimes sont tellement abjects qu’ils font vaciller notre humanité. Oui, certains criminels doivent être définitivement mis hors d’état de nuire. Mais non, la peine de mort n’est pas une solution digne, ni efficace, ni compatible avec ce que la France a choisi de devenir depuis 1981. Elle est le retour d’un vieux réflexe : faire croire que tuer le coupable efface le crime. Or rien n’efface la mort d’un enfant.

La seule chose qui ait un sens, c’est de tout faire pour que le prochain enfant soit protégé avant qu’il ne soit trop tard.

L’affaire Lyhanna ne devrait donc pas rouvrir le débat sur la peine de mort. Elle devrait ouvrir beaucoup plus brutalement le débat sur l’état réel de notre justice, de notre protection de l’enfance et de notre capacité à entendre les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des drames nationaux. La colère populaire est légitime. Mais si elle se trompe de cible, elle ne produit qu’un cri. Et un cri, même immense, ne protège personne.

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