Art of Juliette

Signer son existence.

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Signer son existence.

Entre manifeste et méditation poétique, ce texte explore le lien entre vérité, création et présence au monde. Il montre comment l’écriture et le dessin deviennent des actes de résistance à l’effacement, des manières de signer son passage sur terre lorsque les liens fondateurs se défont. Le trait, fragile et déterminé, y devient le symbole d’une naissance à soi-même.

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Je n’ai pas peur de perdre des êtres, des liens, des odeurs, des paysages enfouis dans les strates de mon enfance.
Je n’ai pas peur de voir s’éloigner les lieux qui m’ont abritée, ni les voix qui ont longtemps peuplé ma mémoire.

Les souvenirs réchauffent, mais ils ne valent pas le prix du mensonge.

La vérité est pour moi une nécessité vitale.

Même lorsqu’elle brûle, même lorsqu’elle fracture le sol sous mes pas, elle demeure plus douce que ce qui la déforme. Contourner le réel, l’adoucir artificiellement, me blesse davantage que sa rudesse.

Comme si mon être tout entier était accordé à une exigence de transparence.
Je n’ai jamais su habiter les brouillards.

Écrire, c’est dire.

C’est retirer les couches successives qui recouvrent les choses jusqu’à sentir battre leur coeur nu sous la paume.

Je suis de celles qui préfèrent une lumière coupante à une obscurité rassurante.
Je suis de celles qui regardent.

Dessiner procède du même mouvement.
Je m’y raconte autrement :

en lignes,
en couleurs,
en tensions,
en respirations.

Le trait ne triche pas.

Il échappe aux justifications, aux récits que l’on fabrique après coup.
Il surgit d’un endroit plus ancien que les mots.
Il porte la température exacte de l’instant.

Il me renvoie à moi-même comme un miroir sans complaisance.

Tremblant parfois.
Incertain.
Brisé même.

Mais juste.

Tracer un trait sur une feuille blanche, c’est interrompre le silence du vide.
C’est ouvrir une faille dans l’absence.

Une seconde auparavant, rien ne portait la trace de nous.
Puis le graphite rencontre le papier, l’encre pénètre la fibre, et quelque chose advient.

Une présence s’inscrit.
Une conscience traverse l’espace et y laisse la chaleur de son passage.

Le trait devient alors plus qu’une forme.

Il devient une signature.
Non pas une signature administrative, un nom au bas d’une page, mais une signature d’existence.
Une preuve discrète et irréfutable que quelqu’un a été là.

Quelqu’un a regardé.
Quelqu’un a ressenti.
Quelqu’un a traversé la matière du monde et y a laissé son empreinte.

Longtemps, j’ai cru que j’avais peur de perdre.

Aujourd’hui, je comprends que ce que je redoutais n’était pas la perte, mais l’effacement.

Être effacée des mémoires.
Être dissoute dans le silence.

N’avoir laissé derrière moi aucune trace du feu qui m’habite.

Je suis bannie des miens.
Une terre s’est refermée derrière moi.

Alors je marche autrement.

Je me revendique orpheline.

Non comme une blessure, mais comme une naissance.

Car lorsqu’il ne reste plus de famille pour nous nommer, plus de regard pour nous reconnaître, plus de récit collectif pour nous contenir, il reste le geste.

Le geste de la main qui écrit.
Le geste de la main qui trace.
Le geste de la main qui signe.

Et parfois, cela suffit pour se donner naissance à soi-même.

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