Guillaume Bordier : la danse comme quête de soi et mémoire du Vietnam

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 Guillaume Bordier : la danse comme quête de soi et mémoire du Vietnam

Un jour, j’ai reconnu une étoile.

Sa lumière scintillait plus intensément que les autres.

G.B.

Guillaume Bordier.

Nous nous sommes croisés sans nous rencontrer.

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Nous nous sommes observés de loin, comme deux êtres sauvages reconnaissent chez l’autre une géographie familière avant même le langage.

Puis un jour, il a écrit son histoire.
Puis un jour, j’ai écrit la mienne.

Et c’est peut-être là que nous nous sommes rencontrés :
dans cette fidélité obstinée à la question.

Enfant de la guerre du Vietnam.
Poussière de vie.
Enfant de la honte.

Ni complètement d’un monde, ni complètement de l’autre.

Chercher sa mère.

Chercher son père.

Chercher la vérité entière de sa propre existence.
Sa peau noire dans une famille blanche.

La couleur comme énigme adressée au miroir.
Comment habiter ce qui vous distingue lorsque le monde hésite lui-même sur la manière de vous regarder ?

Et pourtant il continue.
Année après année.

Comme certains guerriers traversent un désert intérieur guidés par leur désir incandescent de comprendre.

Alors il danse.

Bien sûr.

Chez certains êtres, la création devient une discipline de vérité.

Il invente une scénographie du corps.
Une langue musculaire pour interroger l’absence par le mouvement.

Guillaume était orphelin.
Moi aussi.

Seulement j’avais une famille.

Même ADN.
Même maison.
Et pourtant un froid.
Un froid étrange.
Pendant qu’à l’intérieur de moi les couleurs débordaient de partout.

Je voyais les voix.
Je sentais les atmosphères.
Je percevais des cartographies chromatiques dans les silences ordinaires.

Comme si mon système nerveux avait été construit pour chercher la lumière dans des territoires plus froids.

Très tôt est née cette soif.

Pas une fragilité.
Une volonté.
Comprendre.
Pourquoi cette intensité ?

Pourquoi ce monde saturé de couleurs à l’intérieur de moi alors que tant d’autres semblaient habiter une réalité plus lisse, plus opaque, plus silencieuse ?

Alors je me suis inventée un langage.
Je dessine.
J’écris.
Je cartographie.

Lui : une scénographie du corps.
Moi : une cartographie du langage.
Même refus d’abandonner la question.
Même fidélité à quelque chose de profondément vivant.

Et toujours :
La couleur.
Au centre.

Chez Guillaume, elle existe sur la peau.

Visible.
Historique.

Chargée de rejet, de mémoire, de désir d’appartenance..

Chez moi, la couleur existe dans la perception.

Langue native.
Attirance magnétique.
Mystère incessant, vivant.

Pourquoi je sens les couleurs ?
Pourquoi lui porte-t-il cette couleur et pas eux ?

Deux questions différentes.
Même soif de cohérence.

Je regarde Guillaume et je reconnais une parenté sans biologie.

Pas la même histoire.
Pas la même traversée.
Une parenté de lumière.

Cette volonté presque sauvage de ne pas renoncer au savoir sur soi-même.

Lui avec la danse.
Moi avec le dessin, les mots, les cartographies sensibles.

Pas pour fuir la question.
Pour l’habiter jusqu’au bout.

Parce que la création ne nous a pas sauvés en nous consolant.
Elle nous a sauvés en nous donnant une direction.
Un axe.
Une manière de marcher vers nous-mêmes sans détourner le regard.

Deux histoires différentes.
Deux créations différentes.

Et pourtant cette impression étrange de nous être reconnus avant la rencontre.

Comme deux êtres sauvages reconnaissent, chez l’autre, cette lumière particulière :
celle des êtres qui ont fait de leur quête une oeuvre,
de leur oeuvre une langue,
et de cette langue une manière de survivre à la question.


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Compagnie Guillaume Bordier

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le 24/05/2026
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