Critique de "Rage & Velours" de Clémence en Flammes Bookleg #130 (BSC)
Dans Rage & velours, petit recueil dense, généreux, inspiré, historique, prolixe, nerveux et beau en noir et rouge, Clémence en Flammes écrit avec le corps avant d’écrire avec la tête. Le texte n’est pas posture, il est vécu, arraché, parfois hurlé, parfois murmuré. Ce recueil écrit avec le coeur, les tripes, le feu ne cherche ni l’élégance facile ni la posture. Il cherche une vérité crue et nue qu’il atteint bien souvent.
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La rage, ici, n’est pas un slogan, c’est une matière héritée, une généalogique, sociale, intime. Elle circule dans les lignées de femmes, dans les silences imposés, dans les corps dressés à la survie. Clémence écrit depuis cet endroit précis où l’histoire collective s’incruste dans la chair. Sorcières brûlées, mères isolées, filles assignées, femmes abusées, amours dangereuses, tout revient, non pas comme un inventaire militant, mais comme une mémoire incarnée. On sent que rien n’est théorique. Tout a un poids, une température. C’est un livre qui parle à toustes les FINTA, femmes, Intersexe, Non-binaire, Transgenre, Agenre.
Et puis il y a le velours. C’est là que le livre surprend et touche profondément. Au milieu de la colère, Clémence laisse entrer la douceur, la sensualité, l’été, Bruxelles, les baisers, la musique, les corps qui fondent l’un dans l’autre. Ce velours n’adoucit pas la rage, il la rend supportable, humaine, respirable. Il empêche le texte de devenir un bloc de colère fermé sur lui-même. Il ouvre. Il caresse là où ça brûle.
L’écriture est orale, nerveuse, faite pour la scène mais parfaitement tenue sur la page. Les répétitions, les ruptures, les adresses directes créent une pulsation constante. On entend la voix. On la voit tanguer, tomber, se relever. Le slam devient ici une véritable poésie de résistance, qui ne cherche pas l’effet mais la justesse. Certaines images frappent net, la Méduse, le golem, Frankenstein, non comme figures esthétiques, mais comme métaphores d’un corps féminin reconstruit, rafistolé, réinventé.
"Rage & velours" est aussi un livre courageux parce qu’il ose dire les contradictions, le désir de reconnaissance, la fatigue de lutter, l’ambivalence face au regard des autres, l’envie de scène autant que le rejet des normes qui la gouvernent. Clémence ne se pose jamais en héroïne pure. Elle se montre vulnérable, lucide, parfois ironique, souvent bouleversante.
Ce recueil ne cherche pas à convaincre. Il témoigne. il milite par le verbe. Il ne flatte pas, il expose avec force et talent. Et c’est précisément pour cela qu’il touche juste et profondément.
Rage & velours est un livre important, non parce qu’il est à la mode, mais parce qu’il dit quelque chose de vrai sur le fait d’être une femme aujourd’hui et de tenir, encore, malgré tout, et parfois, enfin, respirer.
Un livre qui laisse des traces de brûlures, un cri sublime qui mérite d’être lu autant qu’entendu.
Extrait : Une séance d’exorcisme pour toustes les FINTA* qui ont subi une agression sexuelle,
une incantation pour se libérer du poids des non-dits transgénérationnels,
une affirmation que nous avons toustes le droit de prendre de la place et de briller plus fort que ce qui nous a été autorisé,
une invitation à devenir artiste malgré tout.
Ce recueil est un cri.
Je veux des femmes enragées
qui mettent à sac des villes entières
je veux des succubes qui égorgent des rois
je veux plus de salopes et de mégères
FINTA* : Femme, Intersexe, Non-binaire, Transgenre, Agenre
"Rage & Velours" de Clémence en Flammes Bookleg #130, collection "Bruxelles se conte, histoires urbaines à dire", 3 euros
https://www.maelstromreevolution.org/catalogue/item/923-bsc-130-rage-velours
