L’irrémédiable avec Delphine Grandsart

L'irrémédiable avec Delphine Grandsart

Hier soir j’étais à la dernière de « l’irrémédiable » avec l’époustouflante Delphine Grandsart sur les conseils avisés de mon ami Fernando Bayro-Corrochano et je n’ai pas regretté. L’Irrémédiable n’est pas une pièce que l’on regarde confortablement assis comme un spectacle lisse pour petits bourgeois. C’est une traversée parfois chaotique et secouante. Un choc. Un corps-à-corps avec l’intime et la confusion, porté par une actrice au sommet de son art qui vit le théâtre par tous les pores de sa peau, l’âme à poil drapée d’une simple chemise blanche intemporelle.

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Sur la scène du Théâtre de la Flèche, Delphine Grandsart livre une performance rare, lumineuse et sans fards. Elle est à la fois enfant et femme, poupée cabossée et créature libre, tatouée, perdue dans les méandres de sa pensée mais d’une lucidité tranchante. Elle incarne Laurence, figure fragmentée, à plusieurs âges, plusieurs strates, plusieurs vérités. Rien n’est joué à moitié. Tout est offert. Sans concession.

Son corps devient langage. Un corps nu au sens plein, nu de posture, nu de protection, nu de mensonge. Séductrice sans calcul, belle sans effort, elle traverse la scène avec une énergie brute, presque animale, servant un texte dense, exigeant, jamais cliché. Elle ose la provocation sans la facilité, le ludique sans la légèreté factice, la folie sans l’effet. Ce qui frappe, c’est cette présence vivante, troublante, électrique, qui capte et retient le regard jusqu’à l’inconfort. Hypnotique.

La musique superbe de Pascal Trogoff , obsédante, reste dans la tête comme un écho persistant de la pièce, prolongeant l’expérience bien après la sortie de la salle. Elle accompagne, soutient, parfois dérange, mais toujours avec justesse.

La mise en scène, volontairement sobre, se révèle d’une inventivité redoutable. Chaque choix est précis, percutant, au service du texte et du jeu. Aucun décor inutile, aucun geste décoratif, tout est tendu vers l’essentiel. On sent un investissement total de toute l’équipe, une exigence artistique sans compromis.

L’Irrémédiable est une pièce joliment dérangeante, brillante, profondément humaine. Elle bouscule, elle émeut, elle agace, elle fascine. Elle rappelle que le théâtre, quand il est incarné avec cette intensité et cette honnêteté, peut encore être un lieu de vertige, de vérité et de beauté radicale. Et que le talent peut déstabiliser celui qui n’y est pas habitué.

On en sort secoué. Et reconnaissant. Forcément différent. Texte de haute tenue de Delphine Gustau.

le 15/12/2025
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